Cet éclatement vécu des sexes et des générations a mis à mal les relations fondamentales inscrites dans la famille nucléaire, partant au coeur de la société. En revanche, et comme en compensation, d'autres liens sont renforcés qui unissent les compagnons d'arme, les voisines, les jeunes qui se retrouvent à l'étranger dans les mêmes pensionnats ou ceux qui vivent et luttent ensemble dans les délégations étrangères.

Chacun est ainsi pris dans un réseau de relations contradictoire, fait de distances et de rapprochements. En cela, chacun est identique à l'autre, vit les mêmes déchirements et les mêmes fusionnements.
Aussi l'identité sahraouie n'a-t-elle pas été affaiblie par l'éclatement familial, il semblerait même qu'elle en ait été renforcée.

Si les jeunes ne savent plus grand chose de leur passé bédouin ni de leur passé tout court , s'ils ont remplacé les notions d'est et d'ouest par celles de gauche et de droite, ils ont acquis la conscience aigu de leur différence.

Car la société sahraouie des camps, malgré les bouleversements apportés à l'extérieur par la guerre et à l'intérieur par la révolution, a su préserver la reproduction d'un mode de communication entre les personnes qui n'appartient plus qu'à elle, même s'il est issu d'un tronc culturel commun à l'ensemble du monde maure. Lorsqu'il est à l'étranger, même pour de longs mois, l'individu ressent toujours, avec force, sa différence.

Même en Algérie, qui est pourtant un pays proche, par sa géographie, son histoire et sa culture, le Sahraoui ne se sent pas "chez lui", car ce n'est pas ainsi que, "chez lui", les hommes s'adressent aux femmes, ni les femmes aux hommes, ce n'est pas ainsi qu'un cadet regarde son aîné‚ ou que le père parle à son fils.

Ainsi, au-delà du tribalisme que les autorités ont essayé d'éradiquer tant elles craignaient qu'il n'engendre de dangereuses divisions, les Sahraouis en exil, par le caractère unique de leur expérience vécue, ont développé un système de références qui les cimente dans une même identité.
Ce sentiment d'appartenance commun est sans doute plus fort que celui qui fut à l'origine du regroupement initial de la première génération, même lorsqu'il se traduit par un désaccord entre les jeunes et les anciens, toujours inquiets de voir s'effriter trop tôt le contrat social difficilement négocié sur lequel repose l'existence même de la Nation.

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