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LES
JARDINS DEL AÏOUN
« Quimporte
si le chemin est long du moment quau bout il y a un puits »
dit un proverbe du Sahara. A parcourir ce très long chemin les
tribus de louest du Sahara sont devenues un peuple « Les
Sahraouis », ont construit dans lexil un état, la
République Arabe Sahraouie Démocratique. Sûres de
leur bon droit à l'autodétermination et à l'indépendance,
elles savent que le puits est au bout du chemin.
La Hamada de Tindouf à
linfini. Temps de lexil et de lattente. Espace de
la solitude et de laridité.
Le morceau de territoire que le gouvernement algérien laissa
aux sahraouis à la fin de 1975, alors que les tentes abritant
femmes et enfants étaient bombardées au napalm et au phosphore
blanc par laviation marocaine, nétait pas très
hospitalier. Tindouf, tout près, avec de leau douce, des
palmiers était un point de rencontre, marché important
entre sédentaires et nomades, mais sur la hamada balayée
des vents du désert, sans eau douce, sans abri, aucun nomade
naurait envisagé de sinstaller. Des milliers - 165
000 aujourdhui environ - de sahraouis y vivent depuis 25 ans,
apprivoisant le désert, creuset dune société
bédouine renouvelée.
En 1976, le Haut Commissariat aux Réfugiés (le HCR), sinterrogeant
sur le sort des sahraouis qui fuyaient, préconisait deux solutions
: leur intégration dans les pays daccueil, leur retour
sous occupation étrangère. Les sahraouis et le Front Polisario
en adoptèrent une autre. Ils proclamèrent la République
(R.A.S.D. 27/2/76) et reconstituèrent sur la hamada un espace
territorial transitoire reproduisant lespace de leur pays occupé,
correspondant à environ la superficie de deux départements
français.
Trois ensembles provinciaux - willayas- rassemblant chacun une dizaine
de campements - daïras - et plusieurs milliers de personnes furent
installés portant le nom dune des villes du Sahara Occidental
(El Aïoun, la capitale, Smara, Dakhla). En 1985, une quatrième
province - Aousert - fut crée pour répondre aux besoins
et à laugmentatioin de la population. A une trentaine de
km dEl Aïoun cette willaya ne dispose pas deau douce,
au contraire dEl Aïoun, très proche de la ville algérienne
de Tindouf.
En avril 1986, Paul BALTA, alors journaliste au Monde, racontait dans
la revue « Etudes Maghrébines » ses impressions au
retour du 10è anniversaire de la proclamation de la RASD. «
En face (de la tribune officielle) au milieu dun spectaculaire
déploiement de drapeaux une foule énorme où dominaient
les femmes et surtout les enfants, des milliers denfants nés
dans les camps. Ils ont constitué pour tous, la première
révélation de cet anniversaire. Par leur nombre dabord,
par leur aspect ensuite : ils respiraient la santé, étaient
bien habillés et dégageaient une incontestable joie de
vivre ».
En effet, tous ceux qui ont visité les campements lont
dit et écrit. Les sahraouis ne se sont jamais laissé envahir
par la mélancolie ou le découragement. Chacun travaille,
participe à leffort commun et cette attention réaliste
au quotidien rend possible la poursuite du grand dessein de lindépendance.
Cest ainsi que la mission française (1) en déplacement
dans les campements du 10 au 16 février 2001 a ressenti ce dernier
séjour. Venue pour reprendre contact avec les jardins dEl
Aïoun (2) et envisager linstallation dun élevage
ovin, les contacts, les conversations lui ont permis dapprécier
une situation au delà du domaine agro-pastoral.
La willaya dEl Aïoun est dirigée de manière
volontaire et énergique par le gouverneur Khalil Sid MHamed.
Homme de terrain, très populaire, il est sans doute un des moteurs
puissants qui met cette willaya en mouvement et en état de marche.
En partie détruite en octobre 1994 par les débordements
de lOued El Ma, la willaya est bien reconstruite, avec des allures
de petite ville toute neuve, des rues qui se tracent, des petits marchés,
des équipements de toute sorte.
La date était importante
Au lendemain de la provocante
course Paris-Dakar et de la menace de reprise de guerre, à la
veille de la célébration des festivités du 25è
anniversaire de la RASD prévues à El Aïoun. Exaltation
de la forte mobilisation de janvier, où chacun sest retrouvé
prêt à mourir pour la patrie, dégoût face
au peu de courage des gouvernements de ce monde, fébrilité
des derniers préparatifs de la fête, tous ces sentiments
mêlés, nous en avons entendu lécho, autour
du thé, dans les tentes, au marché, avec les jeunes enseignants.
El Aïoun qui dispose en abondance deau douce est fière
à juste titre de ses jardins, de ses élevages. Celui qui
sappelle désormais « Jardin Théodore MONOD
» (3) défriché depuis 1994 avec lappui de
la coopération française, produit sur une vingtaine dhectares
irrigués légumes te fourrage, dont le produit est partagé
par les habitants dEl Aïoun et dAousert (privé
de jardin du fait de la salinité de son eau). « La récolte
des navets est achevée. Elle a été abondante. Celle
des carottes est commencée, le repiquage des oignons est en cours.
Des parcelles sont cultivées en sorgho fourrager » (4).
Un peu plus loin, dans un enclos 10 chamelles entourées de leurs
chamelons, dont la production laitière est destinée aux
malades, aux vieux. « Lalimentation de ces animaux est constituée
de paille de graminées récoltée dans les zones
dunaires, de sorgho fourrager cultivé dans les jardins et daliments
concentrés » (4).
Le site de lOued Chig, affluent de lOued Ma à une
dizaine de km de là, dans sa grandiose beauté, réserve
quelques surprises. Choisi en 1986 pour y installer un élevage
de moutons qui fut très prospère, il nen conserve
aujourdhui que des ruines : puits, canaux et parcelles, traces
denclos et de mangeoires. Lélevage fut en effet abandonné
en 1992 quand les sahraouis, confiants dans le sérieux de lONU
avaient tant espéré le retour, sallégèrent
de toute charge de bétail en un gigantesque méchoui !
Léquipe des « bailleurs » autour du CCFD et
de lAA RASD composée dONG comme la Fondation France
Libertés et pouvant bénéficier de fonds publics
compte tenu de limportance de ce projet délevage
sest ainsi reconstituée autour de la willaya dEl
Aïoun et de ses jardins. Davantage que les « légumes
» un peu éloignés de la tradition sahraouie, il
a suscité beaucoup denthousiasme tant le développement
dun élevage de qualité est important pour le présent,
et pour lavenir. Tout ce qui se construit aujourdhui à
El Aïoun permet de se projeter dans lavenir et dans le vrai
territoire, celui du Sahara Occidental enfin libre, enfin Sahraoui.
Régine
VILLEMONT
Pour le journal de la Fondation France Libertés / Danielle MITTERRAND
Parution mai 2001
Mission composée
de Mr Henri CHAUDET, expert horticole - CCFD, Matthieu LIEGEOIS graphiste
responsable du site sahara-occidental.com, Claude MANGIN et Régine
VILLEMONT - AA RASD.
Les jardins dEl Aïoun, 20 ha irrigués ont été
défrichés et installés à partir de 1995,
grâce en partie à un projet de coopération française
auquel participait la Fondation France Libertés.
Inauguré le 15 février 2001 en souvenir du Professeur
MONOD qui visita ce jardin en 1995 (mars).
Rapport de mission Henri CHAUDET (mars 2001)
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