|
Témoignage du Père Loïc, prêtre à Layoune. |
|||
| Quand je suis arrivé à Laayoune en mai 90, je me suis présenté au Commissaire aux Etrangers : il m'a dit se réjouir de voir un français, son espoir de me revoir de temps à autre - mais je n'étais pas envoyé par la France, pas plus que Monseigneur Félix Ervite et les autres Pères Oblats espagnols n'ont été envoyés par l'Espagne : aucun drapeau ne flotte sur la cathédrale San Francisco. De Rome, mes supérieurs religieux avaient estimé que mes bonnes notions de langue arabe et mes relations de près de 40 ans avec les musulmans pourraient être utiles à notre mission chrétienne au Sahara Occidental. | ![]() |
||
|
Par ailleurs, mon caractère, ma bonne santé, mes facilités de contact, me permettraient, là aussi, de rencontrer tout venant - tout "fils d'Adam" sans demander à quel pays, à quelle nation ou à quelle religion il appartient. | ||
| Les Sahraouis - fils du Sahara comme le nom l'indique - les gens venus du Nord et que j'entendais s'exprimer en dialecte marocain et même en berbère où je retrouvais des paroles entendues en janvier 1959 chez les touaregs du Niger (Agadez) : avidi aman : donne-moi de l'eau - les touristes de passage, de langue française ou anglaise, allemande et les espagnols bien sûr. Puis les gens de la MINURSO à partir du 10 septembre 91, je crois. N'étais-je pas envoyé à tous de par mon état religieux et la mission qui m'était donnée : être l'écoute de tous. | |||
| Chacun "voit l'heure à son clocher" : le commerçant pense que je cherche mes intérêts économiques, le politique me prend pour un agitateur, le militaire me suspecte d'espionnage. Grand Dieu ! Aux tous premiers jours de janvier 1993, je n'ai vraiment pas compris pourquoi la police des étrangers m'invitait à faire une sortie. | |||
|
C'est un fax de Rabat, m'a-t-on répondu. Vous n'avez pas le statut de résident, vous devez faire une sortie tous les trois mois. Alors qu'à mon arrivée en 1990, le Commissaire aux Etrangers m'avait assuré qu'en tant que français, j'aurais plus rapidement que les espagnols ma carte de séjour. Et quand cela tardait : c'est parce qu'on est en train de tout informatiser sur ordinateur ...". N'était-ce pas plutôt parce qu'on me voyait trop dans les rues ? avec mes sabots. Un bon missionnaire ne serait-il pas, aux yeux des autorités, celui qui reste calfeutré dans son église et ne reçoit personne ? On ne vous voit jamais, disait le Commissaire. Chez vous, non Monsieur le Commissaire, mas je suis dans les rues. Oui, mais vous vous faufilez par les ruelles. Sans doute ai-je une allure trop vive qui fatiguerait ceux qui me suivent ? |
![]() |
||
Collectif d'initiatives
pour la connaissance du Sahara Occidental - décembre 1998 ![]()
![]()