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Un soir, vers 22 heures, revenant de chez des amis, je fus interpellé par un jeune marocain nouvellement arrivé à Laayoune. "On me dit que vous êtes prêtre catholique, j'aimerais parler avec vous". Et nous parlâmes sur le trottoir. La conversation se prolongeant jusqu'à minuit, uniquement sur des sujets religieux (j'ai copié le Coran tout entier en arabe et pratiqué mes évangiles en arabe), je l'invitais à rentrer chez lui et moi à l'église. |
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| Pourrais-je venir vous voir chez vous ? Oui, mais on risque de vous l'interdire. N'avez-vous pas remarqué ce monsieur qui est passé près de nous il y a une heure, lentement, en nous regardant bien vous et moi. Evidemment, ce jeune homme n'est jamais venu me voir. | ![]() |
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Les gens de la MINURSO, on ne pouvait les empêcher de venir à l'église pour la messe le samedi soir. Mais nous avons été empêchés de répondre à l'invitation du Médecin-Colonel suisse à la Noël 1991. L'année suivante, à la Noël 1992, des membres de la MINURSO nous ont pris dans leur voiture après la veillée de Noël et nous ont ramenés chez nous après le réveillon. Nous, ce sont Monseigneur Félix Erviti, notre ancien au Sahara depuis 1954, le Padre Acorcio et moi-même. Pas de problème. | ||||||
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Quelques jours plus tard, cependant, je rencontrais à Foum el Oued - en bord de mer - mon vis à vis du réveillon, le Colonel anglais Peter Rodgers, Colonel des "Gardes Bleus" de sa majesté la Reine Elisabeth II. Après son heure de jogging, il vint prendre le thé dans la maison que des amis de Laayoune mettaient à ma disposition chaque fin de semaine, pour 24 heures de silence et de grand air. La même après-midi, un capitaine médecin suisse, rencontré lui aussi au réveillon, puis sur la plage, acceptait de venir prendre le thé avec moi et bavarder une heure durant. Avec l'un et l'autre, bavarder de quoi ?. Mes quarante années d'Afrique, principalement au nord Cameroun, sont un vaste sujet sur lequel on m'interroge. Cette vie "vocationnelle" dont je parlais au début : vécue loin des villes, au gré des rencontres imprévues, de l'apprentissage de diverses langues, de découvertes d'autres religions et d'autres cultures. |
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| Mais venant quelques jours après la Noël et le réveillon sous la grande tente de l'hôpital suisse de la MINURSO, ces deux invitations à prendre le thé n'ont-elles pas provoqué mon exclusion ? Le fax était arrivé de Rabat dans les derniers jours de l'an 1992 et l'on me poussait dehors début 1993. | |||||||
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Dois-je penser que même mes sorties hebdomadaires de 24 heures (Vendredi soir - Samedi soir) à Foum el Oued étaient suspectées ? De longues promenades le long de la mer, parfois même la nuit sous les étoiles et les pieds dans le sable et l'eau, que cherche donc ce prête et missionnaire ? | ||||||
| Il y a pourtant, dans la Bible comme dans le Coran, l'exemple de gens qui nous apprennent à nous retirer du bruit, à la quête de Dieu. | |||||||
| Un fax est venu de Rabat. Lisez-le et signez les six exemplaires. Nous n'en savons pas plus. Allez prendre votre billet d'avion et alors nous vous rendrons votre passeport. Voilà 5 années, bientôt 6 et que cela m'est resté en travers dans la gorge. Bien sûr, un missionnaire dérange "mais que serait un missionnaire qui ne dérangeât point nous disait, en 1970, le Père Jean Carbonnnel. | |||||||
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Ni commerçant, ni politique, ni espion, ni guerrier mais au contact permanent des gens, des gens les plus simples et souvent les plus pauvres. De toutes les pauvretés et pas seulement le manque d'argent. Dans 68 pays, j'ai des confrères de ma Congrégation qui dérangent ceux qui se sont attribués l'autorité et ils en subissent les conséquences. Jésus a vécu cela en son pays et il en a payé le prix. "Rendez à César ce qui est à César" et à Dieu ce qui est à Dieu". "Qui m'a établi juge parmi vous ?". |
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Ni César, ni juge, et lorsqu'on me demande si cela arrive souvent, ce que je pense de la situation au Sahara et de son avenir, je réponds : pourquoi m'interrogez-vous à ce sujet ? Il y a là-bas, et c'est officiel, une instance internationale, une mission de l'ONU, qui demande instamment et patiemment que soit fait un référendum au Sahara et que cela se fasse en toute clarté et honnêteté. Plaise à Dieu ! au-delà des intérêts des autres nations ou de grandes compagnies. Alors, nous saurons ce que veulent les vrais gens du Sahara, ceux qui sont restés sur leurs terres, et ceux qui supportent avec une admirable patience et un calme remarquable, un exil de plus de 20 ans dans des conditions difficiles. Moi aussi, je me sens en exil. Ou alors en mission temporaire en France, avant de rejoindre ceux qui m'ont dit leur attachement et leur étonnement de me voir éloigné : des Sahraouis qui ont leurs racines là-bas. Je porte depuis 1991 le ? que l'un deux m'a offert - des marocains qui ne me reprochent rien et les gens en mission de la MINURSO. En 1996, j'ai eu la joie de bénir en la Cathédrale de Laayoune un mariage remarquable : Thor Hyerdahl et son épouse : c'était le 1er août.
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| En novembre, j'y ai encore passé quinze jours heureux. Et nous pensions tous que c'était arrivé. On m'envoyait à Dakhla à 600 km au sud de la capitale. Je m'apprêtais même à apprendre un peu de "roumain" pour les ouvriers qui agrandissent le port. Et l'on nous a dit : "les plus haute autorités marocaines veulent bien qu'il vienne, mais de passage, pas pour y rester travailler". Et encore nous avons des lettres contre lui, nous devons en tenir compte, même si l'on voit manifestement qu'elles viennent d'une personne peu sensée (ce que je pense aussi, mais alors ?). | ![]() |
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Collectif d'initiatives
pour la connaissance du Sahara Occidental - décembre 1998 ![]()
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