Les communications scientifiques du professeur se comptent par centaines. " Je ne comprends pas les gens qui s'ennuient sur terre. C'est prodigieux : il n'y a qu'à regarder ". La barre fatidique des 20 000 variétés recensées a été dépassée depuis longtemps. Et l'émerveillement pour la nature est toujours présent.
Un formidable émerveillement que ne parvient pas à entamer le cynisme que lui inspire ses contemporains. Car Théodore Monod n'est pas un scientifique austère, classificateur invétéré, aux ascendants aventureux et aventuriers. L'homme qui, sous l'uniforme imposé, demande innocemment en pleine Seconde Guerre mondiale aux Italiens de visiter le territoire Lybien, est un pacifiste convaincu et turbulent.
" L'homme doit sortir de la préhistoire! Après être sorti des cavernes, il doit sortir des casernes !". Pour le professeur, ce ne sont pas des formules à l 'emporte-pièce que l'on jette dans les salons de l'intelligentsia, mais une pratique philosophique : " ça occupe les militaires " lance-t-il implacable, aux représentants du Front Polisario, en contemplant les tomates des jardins vivriers en territoire libérés.
 
Ouvrant un livre sur Hiroshima, sur un coin de table, dans son bureau, il s'indigne : " la bombe atomique est une invention diabolique. Elle touche à l'avenir physique d'une population dit-il. Et de s'affairer pour l'organisation d'une manifestation contre la reprise des essais nucléaires français. Le pacifisme érigé en mode de vie : " il n'y a pas de solution militaire aux conflits. Les singes ont des rituels de réconciliation. Le délinquant reconnaît très bien les sons et les gestes qui préludent la cérémonie. Il répond, en usant de codes, à l'appel du groupe qu'il a attaqué. On ne sait pas à quel moment précis, les singes ont mis au point ces rituels. J'en déduis que la barbarie n'est pas un fait historique. Elle est ancestrale. Le comportement peu glorieux de l'homme me laisse peu d'espoir pour l'avenir ".

Ce pessimisme n'empêche pas le naturalisme d'agir " on ne parle jamais assez en France du déni des droits des Sahraouis. Le gouvernement ne veut pas peiner notre ami le roi, Hassan II. Ma présence là-bas a peut-être permis de rappeler à quelques-uns ce qui se passe ".

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