Témoignage de DAOUD El Khadir sur une disparition de 15 ans.

 

Le 20 septembre 1979, nous étions entassés les uns sur les autres, ruminant un silence lugubre que nous devions observer à longueur de journée, entourés de murs dont la grise nudité accentuait encore la désolation de ce trou dans lequel nous étions enterrés vivant. Nous ne pouvions pas imaginer - et l'imagination est peut-être l'unique chose au Royaume du Maroc qui échappe à l'appareil répressif - je ne pouvais imaginer qu'un jour, en ce monde de vivants, je pourrai témoigner d'une partie des supplices que j'ai subi en compagnie de plusieurs centaines de mes compatriotes Sahraouis et de citoyens marocains.

Si je suis aujourd'hui encore en vie et prêt à témoigner sur mon calvaire et celui de tous les frères disparus, je le dois sans nul doute aux efforts inlassables et à la persévérance des ONGs et des associations de défense des droits de l'Homme. Qu'elles trouvent ici l'expression de ma profonde gratitude.

Je m'appelle DAOUD El Khadir, citoyen du Sahara Occidental. Dans la nuit du 16 au 17 mars 1976 à 4 heures du matin, des hommes armés ont fracassé ma porte, m'ont brutalisé et perquisitionné ma chambre.

Après m'avoir bandé les yeux et menotté les mains derrière le dos, mes ravisseurs m'ont emmené dans un commissariat de police à Agadir où j'ai subi un passage à tabac pendant trois jours.

Le 21 mars, j'ai été transféré avec cinq autres sahraouis au tristement célèbre centre d'interrogatoires de Derb Moulay Chérif à Casablanca. Ce centre, qui est spécialisé dans les tortures et les interrogatoires, est un passage obligatoire pour tout détenu d'opinion au Maroc.

A Derb Moulay Chérif j'ai retrouvé 23 autres Sahraouis arrêtés à El Ayoune et Smara. Nous avons connu les pires sévices et les formes les plus horribles de tortures : on nous ligotait les pieds et les mains derrière le dos sur lequel était posé un objet lourd puis on nous suspendait à une barre de fer horizontale. C'était insupportable, chacun pensait que sa colonne vertébrale allait se briser à tout moment.

D'autre fois, j'ai été ligoté nu sur une longue table et on me plongeait la tête dans un mélange de détergent et d'urine pour m'asphyxier. Les tortionnaires m'ont également fait subir des séances de décharges électriques sur les parties sensibles du corps.

J'ai été maintenu debout, complètement nu, pieds et mains liés, jusqu'à l'épuisement total. Dès que je m'écroulais, je recevais des flagellations sur la plantes des pieds et cela produisait des ondes de douleurs qui faisaient vibrer tout mon corps.

Collectif d'initiatives pour la connaissance du Sahara Occidental - octobre 1999 contactez nous !un peu d'aide !l'équipe !