Les revendications marocaines de la Mauritanie
 
De nombreux nationalistes marocains et probablement le roi Mohammed V lui-même donnaient créance à la thèse du Grand Maroc, d'une part à cause de la participation des Reguibat et des Tekna à la campagne menée au Sahara par l'Armée de libération, et d'autre part parce que plusieurs notables mauritaniens s'étaient réfugiés au Maroc entre 1956 et 1958. Le premier fut, en juin 1956, Horma Ould Babana, qui avait été le premier député de la Mauritanie à l'Assemblée nationale française de 1946 à 1951, et le fondateur du premier parti anticolonialiste mauritanien, l'Entente mauritanienne, en 1948. Ensuite, le 27 mars 1958, l'émir du Trarza, Mohammed Fadel Ould Oumer, et deux ministres du gouverneur mauritanien, Dey Ould Sidi Baba et Mohammed el-Mokhtar Ould Bah, arrivèrent au Maroc et firent allégeance à Mohammed V, exprimant "le désir de tout le peuple mauritanien de voir la Mauritanie retourner au sein de la mère patrie".
 
La Grande Mauritanie
 

Je ne peux m'empêcher d'évoquer les innombrables liens qui nous unissent : nous portons les mêmes noms, nous parlons la même langue, nous conservons les mêmes nobles traditions, nous vénérons les mêmes chefs religieux, faisons paître nos troupeaux sur les mêmes pâturages, les abreuvons aux mêmes puits. En un mot nous nous réclamons de cette même civilisation de désert dont nous sommes si justement fiers. Je convie donc nos frères du Sahara espagnol à songer à cette grande Mauritanie économique et spirituelle.

Mokhtar Ould Daddah, Atar le 1er juillet 1957

 

C'est par ces paroles de défi que la Mauritanie revendiqua pour la première fois le Sahara occidental en 1957, Mokhtar Ould Daddah s'exprima ainsi six semaines après avoir pris, le 21 mai, ses fonctions de vice-président du premier Conseil du Gouvernement de Mauritanie - dont le président était le gouverneur français.

Cet appel s'adressait aux tribus des régions désertiques les plus reculées du Sahara occidental et de la Mauritanie du Nord et visaient à les dissuader de soutenir l'Armée de libération dirigée par des Marocains, dont les attaques en Mauritanie du Nord mettaient en danger à la fois le gouvernement autonome interne instauré par la France, et le projet de la Miferma de faire des investissements massifs près de Zouérate. "A ces Reguibat du Sahel et du Charg, nomades de la Seguiet el-Hamra et du Rio, Tekna, Arosien, Ouled Tidrarin, Ouled Delim et Ahel Cheikh Ma el-Aïnin, nous disons : Soyons unis et ne nous laissons plus diviser par des étrangers.

 

Quelques mois plus tard, après la terrible expérience de l'opération Ouragan, de nombreux Reguibat suivirent les conseils de Mokhtar Ould Daddah et se rendirent aux postes français de la Mauritanie du Nord. Mais Mokhtar Ould Daddah se trouva confronté à un nouveau défi lorsque, dans son discours de M'hamid, en février 1958, le roi Mohammed V approuva les revendications des partisans du Grand Maroc sur le Sahara.

Alors que la Mauritanie était sur le point d'accéder à l'indépendance, les artisans de cette dernière devaient maintenant justifier le droit à l'existence de la Mauritanie, à l'O.N.U., face aux pays arabes et à la Banque Mondiale. Ils avançaient l'argument que les beidan étaient un peuple distinct ayant sa propre langue, le hassania, et une culture unique déterminée par son mode de vie nomade.

Si l'on s'en tenait à ces critères, les qabael du Sahara espagnol appartenaient également à cette civilisation du désert ; leur zone de migration faisait tout bonnement partie du trab el-beidan. Réciproquement, si les revendications du Maroc sur le Sahara espagnol étaient valables, les exigences identiques qu'il avait sur la Mauritanie ne pourraient être réfutées, Mokhtar Ould Daddah le savait.

Mais l'idée que les Abel es-Sahel puissent prendre conscience de leur propre identité nationale et accéder finalement à l'indépendance ne vint pas à l'esprit ni des Marocains, ni des Mauritaniens, ni même des habitants du Sahara occidental, vers la fin des années 1950 et le début des années 1960.

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