Le soutien algérien
 

En fait, l'aide algérienne coïncide avec l'invasion militaire marocaine Occidental qui commence dans les derniers jours d'octobre 1975, avant même la Marche verte (6 novembre) et les accords de Madrid (14 novembre). A cette époque d'ailleurs, l'armée algérienne se déploie le long de la frontière algéro-marocaine. Kadhafi se rapproche d'Alger et annonce que toute agression contre la Révolution algérienne serait considérée comme une agression contre la Révolution libyenne. Le soutien algérien en matériel s'accompagne même en ces débuts du conflit d'un engagement de certains éléments de l'armée algérienne aux côtés du Polisario.

 
L'objectif du Front à cette époque est de protéger la population civile qui fuit les villes dans le dénuement total pour échapper aux exactions des troupes d'occupation vers des camps de réfugiés installés à l'Est du territoire.
 

Les colonnes de réfugiés (femmes, enfants et vieillards) se dirigeant sur Oum Dreiga, Tifariti, Mahbès, Guelta Zemmour, sont soumis aux bombardements au napalm et au phosphore de l'aviation marocaine, le 18 février 1976. e 20 et le 23 ce sont les camps eux-mêmes qui subissent le même sort.

Les réfugiés qui en échappent parviennent, épuisés, mutilés, brûlés, dans la région de Tindouf où le Polisario installe des campements.

Le Front Polisario s'est chargé rapidement de faire face à la situation. Dans des lieux où les conditions du désert le permettaient, où il y avait au moins de l'eau, s'installèrent des campements.

Tous mirent en commun leurs biens. Les nomades apportèrent leurs tentes, ces énormes tentes qui peuvent abriter vingt personnes. Ne pouvant pas compter les gens qui continuaient à arriver, les campements durent se limiter à effectuer un recensement des tentes. Ainsi, on disait qu'en tel lieu il y avait mille tentes, en tel autre huit cents. Le recensement était vraiment incomplet car rapidement il n'y eut pas assez de tentes pour tout le monde. On creusa des trous dans la terre qui furent protégés par des bâches, quelquefois par les voiles des femmes que l'on recouvrait de terre.

 

Aux yeux des Sahraouis, les revendications, marocaine et mauritanienne, débouchant, grâce aux accords de Madrid sur la double invasion de leur patrie, ne sont pas mises sur le même pied. Les Sahraouis savent depuis notamment l'opération Ouragan-Ecouvillon qu'ils n'ont pas grand chose de bon à attendre du trône marocain. En ce qui concerne les Mauritaniens, tout les rapproche d'eux. Hommes du désert comme eux, les Mauritaniens partagent une même culture. Ils parlent la même langue, le hassania (la langue des Beni Hassan), dérivé de l'arabe classique et émaillé de mots berbères.

L'alignement mauritanien sur Rabat effectué par Ould Daddah est considéré comme une réelle et douloureuse trahison. Quand El Ouali dirige les forces de l'ALPS contre Nouakchott en juin 1976, se portant à la tête des troupes, c'est le prix de cette trahison qu'il vient réclamer à Ould Daddah. L'opération commence le 7 juin. Le 9, El Ouali Mustapha Sayed, le secrétaire général du Front Polisario, meurt au combat. Il a vingt-huit ans.

" Le choix de Nouakchott, capitale de la Mauritanie n'avait pas seulement des raisons militaires ; il ne s'agissait pas de frapper le principal ennemi, mais le frère qui avait trahi "le sang et les serments ", écrit Baba Miské. Et ce n'est pas n'importe quel endroit de la capitale qui était visé, mais symboliquement la maison de Mokhtar Ould Daddah, ce bureau même où le jeune leader sahraoui avait eu un an auparavant, une si fraternelle discussion avec lui. El Ouali était venu proposer simplement l'unité des deux pays, qui aurait après la libération du Sahara, permis à presque toute la communauté hassanophone de se retrouver au sein d'une fédération. Mokhtar répondit à celui qu'il appelait son "jeune frère " que ce serait là son plus cher désir. Ce qu'Ould Daddah ne dit pas, c'est qu'il avait signé le pacte de trahison avec l'ennemi commun et qu'il s'apprêtait à tenir les pieds du Sahara pour aider Hassan à l'égorger. Le temps n'a jamais atténué l 'indignation d'El Ouali :
 

" pourquoi... Pourquoi ? Pourquoi cette trahison ? Par cupidité ? Mais nous aurions largement partagé nos richesses. Par ambition ? Pour agrandir ses domaines d'un bout de plus de notre Tiris ? Mais nous étions prêts à lui offrir la présidence d'un Etat fédéral, englobant tout le Sahara, au lieu du morceau que lui laisse Hassan et qu'il n'aura de toute façon pas. Pourquoi vendre ainsi ses frères et ouvrir la voie à l'annexion de son propre pays ??? ".

Pour El Ouali, la trahison était également grave à l'égard des deux peuples frères. Et c'est au nom des deux que le châtiment devait être infligé. (... )

A-t-on compris en Mauritanie que c'est par amour pour la Mauritanie qu'il attaquait Nouakchott. Non le Nouakchott du peuple, mais celui de ses gouvernants qui avaient commis le plus impardonnable des crimes, une guerre cent mille fois fratricide ? "

   
L'offensive Chahid El Ouali

 

Le fonctionnement de la République repose désormais sur trois organes : le conseil du commandement de la révolution, organe suprême, présidé par le secrétaire général du Polisario ; un exécutif, constitué par le conseil des ministres ; et le conseil national sahraoui, l'Assemblée au rôle législatif et consultatif. Par ailleurs est mis en place un début de structure administrative de l'Etat : wilaya (préfectures), daïra (municipalités), tribunaux, etc. Durant l'année 1977, les opérations s'intensifient sur tous les fronts. Le Polisario décrète 1977 l'année de l'offensive généralisée.

Les attaques contre la Mauritanie continuent. L'ALPS occupe Zouérate et écrase les troupes mauritaniennes, le 1er mai 1977. Six techniciens français sont enlevés. Deux cheminots subissent le même sort quelque temps après. Ils seront libérés huit mois plus tard, le 23 décembre 1977 et confiés au secrétaire général de l'ONU, Kurt Waldheim. Le 13 mai, Hassan II et Ould Daddah signent un accord de défense mutuelle et créent un haut commandement mixte. 9.000 soldats marocains occupent les principales villes mauritaniennes pour faire face à l'ALPS. Cela n'empêche pas le palais présidentiel à Nouakchott d'être bombardé. La Mauritanie appelle la France à l'aide.

" A la fin de l'année 1977 et au cours de l'année 1978, la France et le Maroc agirent de concert avec la Mauritanie pour stopper les attaques répétées du Front Polisario contre le bassin minier de Zouérate, véritable poumon de l'économie mauritanienne. (... )

Une coordination tripartite fut alors instituée sous l'impulsion d'un Etat-major maroco-mauritanien, assisté par des conseillers techniques français et installé à El Ayoun au Sahara.

Six avions Jaguar, basés à Dakar, appuyèrent dès novembre 1977 les unités mauritaniennes ", indique Abdelkhaleq Berramdane, qui n'en précise pas moins que " cette opération tripartite n'empêcha pas pour autant la déroute de la Mauritanie. "

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