La bataille de l'Ouarkziz
 
Désormais, toutes les forces sahraouies sont dirigées contre les troupes et les positions marocaines. Le théâtre du conflit dépasse largement le Sahara occidental. Le Polisario pousse ses attaques dans le sud même du Maroc jusqu'au Draa (Plusieurs centaines de km à l'intérieur du Maroc), coupant ainsi la route au ravitaillement et au renfort des troupes marocaines présentes au Sahara Occidental. Ces forces subissent des défaites retentissantes. Le 24 août 1979, la base de Lebouirate qui comprend 780 hommes au sud du Maroc est prise par le Polisario. Le 6 et 7 octobre, celui-ci attaque Smara qui a une garnison de 6.000 soldats marocains. Le 14 octobre l'ALPS s'empare de Mahbès, la dernière et unique base marocaine entre l'Algérie et Smara qui comprend 780 hommes.

Le Maroc, que les Etats-Unis ont décidé de soutenir par une aide militaire considérable, se trouve privé d'un bon tiers de son corps d'élite.

 
Pour Tony Hodges
" Il est difficile d'expliquer comment le Front Polisario aurait pu obtenir un tel succès sur le plan militaire durant ces quatre dernières années s'il n'avait pas eu le soutien de la majorité de la population sahraouie " .
 

Dans l'aide fournie au Maroc par les Etats-Unis, le ou plutôt les " murs " vont prendre une place considérable. En raison de l'échec de la tactique de dispersion de ses troupes, le Maroc décide de mettre en pratique la tactique opposée, celle du " ratissage " du territoire avec des colonnes mobiles.

Mais ce " ratissage "ne permettant pas de freiner les opérations sahraouies, il en vient à imaginer une structure défensive constituée par " le mur ". Il s'agit en fait de plusieurs murs (six).

A partir de 1980, il entreprend donc la construction en plusieurs étapes de grandes fortifications qui encerclent tout d'abord le " triangle utile ", la région de Smara, El Ayoun et Bou-Craa, puis qui s'élargissent en direction des frontières algériennes et mauritaniennes. " Le système défensif des murs électroniques, indique Felipe Briones est unique au monde. Il fut construit sur une proposition des Etats-Unis de tester le matériel déjà utilisé au Vietnam.

En apparence, ça n'est qu'une très longue muraille de 2.500 km, d'une hauteur moyenne de 3 m. mais d'une largeur de 2 m. Mais, sous terre il abrite un système sophistiqué (…) avec des batteries d'artillerie et un épais réseau d'écrans-radars. ( ) Par ce système on détecte tout ce qui s'approche à 60 km de distance.

( ) Devant la muraille et sur 400 m, un champ de barbelés et de mines rend plus difficiles les offensives sahraouies. A l'intérieur du mur, la première ligne défensive est constituée de canons sans recul et de mitrailleuses. La seconde, 7 km en arrière est faite de batteries de canons, de fabrication essentiellement américaine, espacées les unes des autres de 15 km.

 
Sur les murs, 170.000 soldats et 25.000 hommes d'aviation, ce qui signifie approximativement 90 % de l'armée marocaine et un coût de plus de 4.000.000 de dollars par jour. Les murs ont été comparés au chewing-gum que l'on étire de la bouche. Plus il s'allonge, plus il est fragile. ( ) Hassan II a son armée au Sahara, mais il lui est impossible d'obtenir un succès militaire définitif. Cela est confirmé par l'Institut d'Etudes Stratégiques de Londres : le Maroc ne peut gagner la guerre contre une armée sahraouie de 30.000 hommes et qui a pratiqué durant des années la guerre de guérilla, les commandos du Polisario surgissant parmi les dunes du désert, frappant l'armée marocaine et passant dans la phase suivante à une guerre de tranchées ". C'est seulement à partir de 1978, poursuit le document, que le gouvernement marocain commença à émettre des communiqués de guerre divulgant les lieux des batailles, reconnaissant que son armée fait face à la résistance héroïque du peuple sahraoui.
En 1981, le roi Hassan II, lui-même, confirma cela et admit que plus de 100.000 soldats, soit les 2/3 de son armée sont engagés dans une guerre qu'il reconnaît être à l'origine des graves difficultés économiques et financières du royaume.
S'adaptant à la situation nouvelle issue de l'édification des " murs ", l'ALPS au lieu de s'engager dans une guerre de positions, impose une guerre d'usure aux forces marocaines. Elle choisit le lieu, le moment de ses attaques qui provoquent des pertes importantes dans les rangs adverses.

La tactique défensive censée protéger les FAR se retourne contre celles-ci et les oblige à être sur le pied de guerre en permanence. " Les murs " ne permettent pas au Maroc de gagner la guerre, mais amputent considérablement l'économie marocaine. Tant et si bien qu'en décembre 1986, le secrétaire américain à la défense C. Weinberger, en vient à déclarer . " les Etats-Unis feront leur possible pour renflouer l'économie marocaine ".

Dans le même temps, il promet une augmentation de l'aide militaire américaine et approuve le principe de la vente d'avions chasseurs F 16 au Maroc. Cette course aux armements est une course à l'abîme. La France est très impliquée dans le conflit tant que la Mauritanie, qui l'appelle à l'aide, en est l'une des parties. A cette époque, elle livre armes et matériel au Maroc et à la Mauritanie de Ould Daddah et envoie de nombreux conseillers militaires français des deux côtés. Elle change d'attitude en 1978 où elle pousse Nouakchott à sortir de la guerre.

Les succès du Polisario contre les forces mauritaniennes font craindre au président Valéry Giscard d'Estaing un enlisement redoutable. Tout en adoptant une position plus modérée à l'égard du problème du Sahara Occidental, notamment en s'abstenant sur les résolutions de l'Assemblée générale de l'ONU, la France n'en demeure pas moins le principal fournisseur d'armes du Maroc avec les Etats-Unis. En 1981, dès son arrivée au pouvoir, le gouvernement socialiste s'engage à honorer tous les contrats de vente d'armes de son prédécesseur. Les ventes passent de 234 millions de francs en 1980 à 300 millions en 1984. Le nombre des conseillers militaires français augmente tout comme l'aide financière qui atteint 30 % du total de l'aide reçue par le Maroc des organisations multilatérales et des autres gouvernements.

Quelle que soit l'aide reçue de part et d'autre sur le plan militaire, la question du Sahara Occidental aboutit à une impasse. Aucune des deux parties ne peut imposer à l'autre la " paix des cimetières ". Rabat a cru que sa supériorité numérique en troupes, ses moyens militaires colossaux fournis à prix d'or par les grandes puissances occidentales, voire les conseils stratégiques dispensés par leurs meilleurs experts, lui permettraient de conquérir par la force le territoire.

Les incursions de l'ALPS continuent à lui causer tout au long de la décennie 80 de nombreuses pertes en vie humaines et des destructions matérielles sérieuses. Même les " murs " ne garantissent pas l'exercice de son autorité en toute tranquillité sur le Sahara Occidental occupé. Vient le jour où le Maroc doit convenir que sa force affronte une résistance et une détermination sahraouie toujours aussi vives qui, alliées à une parfaite connaissance du terrain, sont indomptables. Force lui est de considérer au moment où les vieux conflits trouvent leur règlement politiquement, que celui du Sahara Occidental n'échappera pas à la règle. Bon gré, mal gré, les autorités marocaines se rendent compte que l'issue du problème du Sahara Occidental réside dans une solution pacifique. Il est vrai, et on va le voir, que l'intransigeance du Maroc ne le sert pas pour s'engager sur cette voie. Le Front Polisario et la RASD, il faut bien en convenir qui disposent d'un crédit indéniable sur la scène diplomatique internationale, montrent une volonté susceptible de favoriser le règlement politique de la question.

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