Chapitre 9
L'extension du conflit, 1976 - 1988
 
Sahara Info
numéros 10 - octobre 1976 -
 
L'offensive d'été
 

Bouabib, le leader de l'opposition de sa Majesté, vient de reconnaître les graves revers infligés à l'armée du Roi par ce peuple du Sahara Occidental que l'on voulait enchaîner pour s'emparer de ses richesses.

Cette reconnaissance autorisée de l'état de guerre est la première depuis l'invasion par les armées maroco-mauritaniennes du Sahara Occidental et mérite d'être retenue car elle a pour corollaire la reconnaissance implicite que le dossier du Sahara Occidental n'est pas clos.

Bouabib a déclaré, contre tous les témoignages de la presse internationale, que le responsable des défaites marocaines n'était autre que l'armée algérienne. Il s'agit là de sauver l'honneur alaouite dont les forces armées ne sauraient être tenues en échec par ce peuple de Sahraouis dont il a été décidé que l'on ferait tout pour montrer qu'il n'existait pas, car, pour le monarchisme impérialiste de droite, du centre ou de "gauche", la valeur suprême reste la monarchie au mépris des êtres humains, au mépris des peuples. Hassan II n'a-t-il pas déclaré à l'insu d'un mouvement qui voulait instituer la république au Maroc qu'il était prêt à sacrifier les 2/3 de son peuple pour sauver le 1/3 sain ?

 
 
Pourquoi cette reconnaissance ?
 
On se souvient qu'au début de l'invasion maroco-mauritanienne le Maroc pavoisait. Montée comme une grande opération publicitaire, la mystification de la marche verte avait réussi le temps du déferlement sur le Sahara de la moitié des effectifs de l'armée royale. Le "Juan Carlisme" débutant avait apporté son aide et sa compréhension armée pour guider sur les pistes du désert et installer dans les fortins espagnols l'armée marocaine. L'illusion de la conquête était facile. Rendu aveugles et aliénés, les premiers envahisseurs avaient fait des communiqués de victoire. Les bombardements au napalm et au phosphore des camps de réfugiés étaient sans risques, la chasse à l'homme avec des blindés au sein des colonnes de réfugiés permettait des victoires faciles. Prévoyant la trahison espagnole et l'offensive marocaine, le Front Polisario et le peuple sahraoui se sont adaptés à la nouvelle situation alors qu'ils s'apprêtaient à savourer leur indépendance maintes fois reconnue par les instances internationales. Le peuple sahraoui a mobilisé ses forces pour défendre et mettre à l'abri les populations qui fuyaient l'ennemi et celles qui s'étaient déjà regroupées dans les camps de réfugiés. Cette période sera marquée dans la mémoire collective du peuple sahraoui qui a vu se déchaîner contre lui des hordes armées.
 
Les réfugiés à l'abri, le Front Polisario a opté pour une guérilla totale ayant pour objectif de libérer le territoire national en attaquant les envahisseurs là où ils sont, sur le sol sahraoui, mais aussi dans les bases arrière que constituent le Maroc et la Mauritanie.
La guerre menée par le Front Polisario est celle de tout un peuple qui s'est donné pour mission de faire prendre conscience aux deux peuples voisins manquant d'informations objectives et de liberté de penser qu'ils sont victimes autant que le peuple sahraoui du féodalisme fasciste d'Hassan II. De leur offrir aussi l'aide nécessaire pour qu'ils retrouvent leur dignité en se dressant contre les régimes oppresseurs du Maroc et de la Mauritanie.
 
L'utilisation de moyens modernes adaptés avec celle de techniques longtemps éprouvées contre les envahisseurs étrangers, permet au combattant sahraoui qui sait utiliser chaque élément du désert à son profit, d'être désormais le décideur dans la guerre qui lui a été déclarée. Motivé dans la lutte, ayant une mobilité absolue, c'est toujours le guérillero qui a l'initiative du lieu et du moment de l'attaque... le roi a assigné à son armée de vaincre ou de périr, mais les soldats marocains comprenant qu'ils ne peuvent pas vaincre, étant de moins en moins convaincus de la cause qu'ils défendent, ont actuellement le plus souvent pour préoccupation(essentielle face aux conditions du désert) de ne pas s'exposer inutilement lorsque cela est possible pour essayer de prolonger une vie dont la dureté des combats et la nature environnante lui font apprécier le prix.
 

 
Les soldats marocains savent que les armes sophistiquées sont inopérantes contre les combattants de l'Armée Populaire de Libération. Ils constatent que les patrouilles aériennes ont dû être limitées en raison du nombre élevé d'avions qui ne regagnaient pas leurs bases et de ceux qui étaient détruits au sol. lls volent à haute altitude, se limitant à transporter coûteusement vivres et troupes. Les hélicoptères ne sont pas opérationnels au Sahara. La luminosité et le vent qui balaie certaines régions ne leur permettent pas de voler à très basse altitude à la recherche des unités sahraouies, sans courir des risques importants. Il en est de même des armes lourdes qui limitent les déplacements dans un terrain souvent accidenté.
 
L'armée marocaine constitue dans plusieurs domaines le magasin d'approvisionnement de l'Armée populaire de libération , notamment pour les armes légères, les véhicules. Les insignes du 3ème Congrès du Front Polisario par exemple avaient été découpées dans la carrosserie d'une land-rover marocaine endommagée au cours des combats.
 

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