| Au Maroc, comment fabriquer de futurs électeurs Sahraouis ? | ||
| Comment fabriquer des sahraouis conformes aux critères d'identification et aux espoirs marocains ? | ||
| La circulaire confidentielle n°84/CAB adressée le 22 janvier 1998 par le ministre marocain de l'intérieur Driss Basri aux walis et gouverneurs du Maroc est parvenue aux médias occidentaux en mars. Certains comme Le Monde et Jeune Afrique l'ont reprise et se sont accordés a l'analyser comme le signe des graves inquiétudes marocaines quant aux résultats du référendum et sa volonté de battre le rappel de toutes les personnes succeptibles d'apporter leur vote au Maroc. Cette circulaire est toujours d'actualité. Nous en publions le texte accompagné d'une analyse de l'APSO. | ||
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Texte de la circulaire |
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| OBJET : Atelier de formation des postulants à l'identification en vue du référendum confirmatif de la marocanité du Sahara. | ||
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La présente circulaire découle de l'examen des rapports quotidiens d'activité des ateliers ethniques transmis par vos soins ainsi que des remarques, suggestions et propositions émises par les Observateurs de la partie marocaine à la lumière de sept semaines d'identification et à vingt semaines environ de la fin de cette opération. Les résultats de l'identification étant actuellement en dessous du niveau nécessaire en raison du témoignage souvent négatif, certes, des Chyoukhs de l'autre partie mais aussi de la préparation manifestement insuffisante de nos postulants, vous êtes invités à prêter la plus grande attention à cette préparation en veillant, personnellement et conformément à mes instructions antérieures, à la stricte application des dispositions suivantes : |
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Analyse APSO La circulaire, après avoir constaté le peu d'efficience des walis et gouverneurs dans les résultats obtenus par les "ateliers ethniques" de formation des postulants à l'identification en vue du "référendum confirmatif de la marocanité du Sahara", comporte de nouvelles directives à suivre point par point. Directives, comme on va le voir, totalement anachroniques car elles s'apparentent aux attitudes manipulatrices des gouverneurs coloniaux d'autrefois au moment des simulacres d'expression démocratique, et totalement surréalistes, car il faudrait pratiquement que chaque sujet marocain, destiné à devenir "sahraoui", ait été longuement préparé à développer des capacités dignes d'un agent secret. |
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1°/ - Pré-identification exhaustive des postulants et de leurs sous-fractions : Il ressort des rapports quotidiens d'activité des ateliers ethniques transmis par vos soins que malheureusement, seul un nombre réduit de Walis et Gouverneurs, dont la liste est jointe à la présente circulaire, ont une connaissance exacte des tribus et sous fractions relevant de leurs commandements respectifs et ont pu de ce fait adresser au Ministère de l'Intérieur des données statistiques sur les postulants, conformes aux données du fichier central. Quant aux autres ils sont invités instamment à mettre à jour leur fichier des tribus et sous fractions et des effectifs des postulants relevant de leurs commandements respectifs et appelés à être convoqués incessamment aux Centres d'identification de la MINURSO. Il va sans dire qu'une connaissance incomplète des sous fractions et de leurs effectifs dans une préfecture ou province se traduit d'abord par une sous estimation de la population réelle des postulants puis par une formation et un acheminement d'un nombre insuffisant de ces derniers sur les Centres d'identification, ce qui est contraire à l'objectif visé par mes instructions antérieures. C'est pourquoi les Walis et Gouverneurs concernés doivent, dès réception de la présente circulaire, de demander à leur cellule informatique de se rapprocher du service central informatique pour procéder à la mise àjour immédiate du fichier préfectoral ou provincial des sous fractions et de leurs effectifs. |
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Analyse Dans le premier point, il est avoué que les gouverneurs ne sont pas en mesure d'identifier les postulants, car les fichiers préfectoraux et provinciaux ne seraient pas conformes au fichier central informatique. Ce qui est curieux car les recensements sont habituellement établis à partir des données recueillies sur le terrain. |
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2°/ - Préparation des postulants à l'identification : Comme indiqué dans mes circulaires précédentes, la base de la convocation et de l'identification des postulants par la MINURSO est le formulaire rempli par ces derniers en 1994 et qui a permis de constituer le fichier informatique aussi bien de cette mission que du Ministère de l'Intérieur lui-même. Chaque postulant est enregistré et recherché à l'aide de son numéro de formulaire. Celui-ci porte les principaux renseignements concernants le postulant, son père et sa mère, ainsi que tous les éléments permettant de préciser à quel critère d'identification, parmi les cinq critères définis par le Plan de Paix des Nations Unies, le postulant est susceptible de répondre. Aussi ce dernier doit-il connaître parfaitement au moins le contenu dudit formulaire. Toutefois, quand ce document ne reflète plus la situation réelle du postulant celui-ci ne doit pas en rester prisonnier et doit chercher à aider la Commission d'Identification à reconnaître facilement les éléments clés tels que : · les lieux de naissance du postulant et de ses proches (père, mère, enfants). · les aires de transhumance au Sahara fréquentées par le postulant ou sa famille. · les dates repères en rapport avec la naissance du postulant et de ses proches (père, mère, enfants) au Sahara. · la filiation du postulant et de ses proches et le rattachement à une famille sahraouie connue. · l'histoire de la tribu du postulant et de sa famille. · la géographie de la région où ils ont vécu et se sont déplacés. Enfin il y a lieu d'inculquer au postulant un comportement psychologique lui permettant de : · démystifier l'opération d'identification et la commission de la MINURSO. · être motivé et conscient de l'enjeu du référendum. · avoir confiance et assurance en lui-même. · surmonter timidité et indifférence et s'exprimer à haute voix. · connaître à l'avance par des postulants déjà identifiés dans la même sous fraction, les questions que pose la Commission d'Identification. · citer un ou plusieurs proches recensés ou identifiés en précisant le numéro de ces derniers. · convaincre le Cheikh marocain qui convaincra à son tour la Commission d'Identification. La maîtrise de ces éléments implique une formation du postulant dans la préfecture ou province d'origine et un perfectionnement aux côtés du Cheikh marocain pendant 2 à 3 jours avant la séance d'identification. |
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Analyse Avec le point 2 relatif aux formulaires qui auraient dû être remplis par les postulants en 1994, formulaires à partir desquels aurait été constitué le fameux fichier informatique central, on se perd en conjectures. Ils contiennent "les principaux renseignements concernant le postulant, son père et sa mère ..." Qui a bien pu remplir ces formulaires ? Normalement, ce sont les postulants eux-mêmes ... mais apparemment ceux-ci n'en connaissent pas le contenu et doivent être spécialement préparés par les services du Ministère à justement "connaître au moins le contenu dudit formulaire" ! Aveu suprême, il est précisé que "quand ce document ne reflète plus la situation réelle du postulant, celui-ci ne doit pas en rester prisonnier" et doit pouvoir réciter le reste de la leçon apprise concernant les lieux de naissance de sa famille et de lui-même, les aires de transhumance, les dates repères de la famille, son rattachement à une famille sahraouie connue, l'histoire de sa tribu et la géographie de la région de nomadisation. |
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Collectif d'initiatives
pour la connaissance du Sahara Occidental - octobre 1999 ![]()
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