| Le point de la situation : Mobilisation tous azimuts au Maroc Depuis plusieurs mois, le Royaume Chérifien déploie une diplomatie tous azimuts en vue de faire " légitimer " par la Communauté Internationale, à la fois son occupation de la partie du Sahara Occidental actuellement sous "armée marocaine " et ses préparatifs d'invasion du reste du territoire. Il est vrai que certains Etats se laissent convaincre, allant même jusqu'à lui apporter aide et assistance : mais dans la mondialisation, les Etats ont des pieds d'argile et les opinions publiques exercent leur vigilance. Il n'est pas possible de rapporter ici l'intégralité de l'agitation diplomatique marocaine. Il est cependant intéressant de signaler les faits les plus symboliques de la période en cours. Les armes attendues ou déjà obtenues de Grande-Bretagne L'événement qui a soulevé le plus de tempêtes concerne la décision prise par la Grande-Bretagne de livrer des armements lourds au Maroc (la remise à neuf de 30 canons de 150 mm déployés le long du " mur de défense " de 1.500 km qui sépare en deux le territoire du Sahara Occidental) S'agissant d'un territoire non décolonisé, un Etat membre des Nations Unies ne peut prendre sans au moins consulter l'organisation gérant les relations entre pays, une initiative aussi grave : et pourtant le Royaume Uni l'a fait à deux reprises depuis 1999. Il a ainsi violé le code de conduite de l'Union Européenne en matière de vente d'armes. Il est allé plus loin puisque son ambassadeur à Rabat a déclaré que " la Grande Bretagne continuera à soutenir les efforts du Secrétaire Général et de son envoyé spécial Mr James BAKER, à la recherche d'une solution politique dans le cadre de la souveraineté marocaine ". Il s'agit là d'une bavure diplomatique d'une gravité extrême d'autant qu'elle tente de compromettre le Secrétaire Général de l'ONU et Mr BAKER (en laissant entendre qu'ils étaient complices de cette manoeuvre). En Grande Bretagne où les organisations non gouvernementales sont puissantes, il y a eu une levée de boucliers ; le Comité Parlementaire et la presse ont été très actifs (notamment la B.B.C. qui s'est livrée à une enquête approfondie). Le Royaume Uni s'est trouvé dans l'obligation de démentir les propos de son ambassadeur à Rabat. Selon une dépêche de l'agence S.P.S., le représentant permanent de Grande Bretagne auprès des Nations Unies a en effet écrit au représentant du Front Polisario à New York, pour affirmer que le Royaume Uni ne reconnaît aucune souveraineté marocaine sur le Sahara occidental et continue à soutenir les efforts de l'ONU. A l'occasion de cette controverse, l'organisation internationale de recherche militaire basée à Londres " Jane's Information Group " a fait savoir que Rabat s'emploie à développer son potentiel militaire et cherche à acheter une centaine de batteries de canons de 120 mm ainsi que des avions F16 ou mirage 2000 (l'acquisition de ses avions représente à elle seule, plus d'un milliard de dollars). De l'argent frais et de la coopération technique d'origine française Comment le Maroc, dont on connaît les difficultés financiaires, peut-il acquérir des équipements militaires aussi coûteux ? D'aucuns font le rapprochement avec la très opportune apparition des 3,5 milliards de dollars " surpayés " par Vivendi pour l'acquisition de Maroc Télécom. Bien que la transaction Vivendi / Maroc Télécom soit officiellement " privée ", les observateurs savent qu'il existe d'étroites relations entre Vivendi et le pouvoir en France. La France qui, alors que les Sahraouis portaient des coups très sévères à l'armée marocaine rendant l'occupation de leur pays de plus en plus difficile, a fourni les conseillers militaires qui ont conçu et supervisé la construction de la " ligne Maginot " marocaine au Sahara Occidental, continue une coopération militaire technique de haut niveau. Elle vient de donner l'autorisation de livrer au Maroc son logiciel Janus, simulateur moderne pour l'apprentissage des tactiques de guerre. Les échanges entre diplomatie marocaine et française sur le problème sahraoui sont fréquents. Le Ministre marocain des Affaires Etrangères Mohamed BENAėSSA s'est entretenu avec Mr Hubert VEDRINE le 21/03/01, après avoir rencontré le Secrétaire Général des Nations Unies à New York. Un porte parole du Quai d'Orsay a, fait peu habituel, officiellement annoncé que l'entretien porterait d'abord sur le Sahara Occidental, en insistant sur le fait qu'il s'agissait d'examiner cette question en prenant en compte la préoccupation concernant la stabilité régionale (depuis 1976, les diplomates marocains et français se concertent à propos du Sahara Occidental pour adopter des positions qui se complètent). Ces échanges sont d'ordinaire gardés discrets et même secrets. Une dépèche ARSO (Association de soutien à un référendum libre et régulier au Sahara Occidental) informe que le 26 mars 2001, le Ministre marocain des Affaires Etrangères s'est entretenu à nouveau de la question du Sahara Occidental avec Mr Kofi ANNAN, à l'occasion du Sommet des Chefs d'Etats arabes qui se tenait à Amman. Si tout paraît indiquer qu'une esquisse de sortie de crise est recherchée dans la plus grande fébrilité, on doit s'inquiéter de l'absence des Sahraouis dans ces élaborations diplomatiques qui seront sans effets pratiques si les premiers intéressés continuent à être maintenus à distance. Des armes disponibles en Europe de l'Est Le Belarus va vendre des armes au Maroc. L'agence A.V.N. (Moscou) citée par ARSO annonce le 14/03/2001 que le Maroc a passé un contrat d'achat de 48 tanks T72 avec ce pays. Une diplomatie de pression à l'égard de l'Espagne Le Maroc indépendant a toujours pratiqué pressions et chantage à l'égard de l'Espagne pour lui arracher des concessions concernant le Sahara Occidental. Pressions, marchandages, chantage avaient abouti au fameux ( et tragique par ses conséquences ) accord de Madrid du 14 novembre 1975 où l'Espagne avait trahi les engagements pris devant la Communauté Internationale et le Peuple Sahraoui. Une fois encore, un gouvernement espagnol vient de céder à des pressions marocaines en annulant les accords de jumelage avec des camps sahraouis de trois municipalités de la région de Madrid, sous le prétexte que le pouvoir central ne reconnaît pas la RASD. Le talon d'Achille de l'Espagne vis à vis du Maroc est représenté par sa volonté de garder les présides de Ceuta et Melilla et de sauver des possibilités de pêche pour sa flotte. La leçon de l'histoire montre pourtant que chaque fois qu'un gouvernement espagnol a cédé à un chantage marocain, il a par la suite perdu ce qu'il voulait sauvegarder. De plus, le gouvernement central n'est plus sur la même longueur d'onde sur cette question que le peuple espagnol pour qui la cause sahraouie est sacrée et cette annulation de jumelage soulève beaucoup de protestations (même si elle est peu significative puisqu'il s'agit de trois sur 250 municipalités engagées dans des opérations de jumelage). Dans une dépêche ARSO 30/31-03-01, on apprend que des représentants de tous les parlements autonomes de l'Etat espagnol ainsi que du Congrés, réunis à Pampelune pour la 6eme Conférence des intergroupes parlementaires " Paix pour le Peuple Sahraoui " vont saisir tous les parlements autonomes d'Espagne, pour demander au gouvernement de Madrid de s'impliquer davantage dans le Plan de Paix des Nations Unies, " ce qu'il aurait toujours dû faire ". Avec l'Union Européenne, le chantage aux accords de pêche Le Maroc fait pression sur l'Union Européenne en remettant constamment, sous des prétextes divers, la signature de nouveaux accords de pêche. Le Maroc voudrait indirectement et sans trop le dire tout haut monnayer la signature de nouveaux accords de pêche contre un abandon par le Parlement Européen et plus largement par les Etats européens, des lois et principes de la Communauté Internationale qui fondent le droit à l'autodétermination du Peuple Sahraoui. Le Parlement Européen a toujours été très ferme sur les principes et si la commission a une interprétation étonnante des " eaux relevant de la souveraineté marocaine ", elle n'exerce aucun pouvoir sur le Parlement et les Etats européens. On découvre dans le journal officiel des Communautés européennes (C 81 E / 170 du 13.3.2000, édité en français) la réponse à une question écrite (E-2185 / 00) posée par un député européen (Mr Struan STEVENSON) le 3 juillet 2000. La question portait sur la possibilité d'accords de pêche avec le Front Polisario en tant que représentant légitime du peuple du Sahara Occidental. La réponse donnée le 1er août 2000, au nom de la Commission par Mr FISCHLER est pleine d'enseignements sur l'ambiguité de la situation. " L'Union a, à ce jour, manifesté son appui à la mise en oeuvre de ce plan (référence au plan de paix des Nations Unies) et aux efforts menés actuellement par Mr BAKER, représentant du Secrétaire Général des Nations Unies pour ce conflit ". " La Commission, dans l'éventualité d'un futur arrangement dans le secteur de la pêche avec le Maroc, et par conséquence lors de possibles négociations, fera référence " à la zone de pêche du Maroc ", cette zone étant définie par " les eaux relevant de la souveraineté et/ou de la juridiction du Maroc ". " Par conséquent, actuellement le seul interlocuteur pour un éventuel arrangement dans le secteur de la pêche reste le Maroc ". Dans cette réponse, le seul acte auquel pourrait se référer le Maroc pour " prétendre " à une souveraineté marocaine sur les eaux du Sahara Occidental est représenté par le fameux accord de Madrid. (Dans cet accord de Madrid (14 novembre 1975), l'Espagne a " cédé " au Maroc le nord et le centre du territoire, le sud " revenant " à la Mauritanie). Cet accord, non seulement n'a jamais obtenu de reconnaissance internationale mais qui plus est, l'un des trois signataires s'en est retiré. La Mauritanie en effet a signé le 5 aot 1979 un accord de paix avec le Front Polisario. Or il se trouve que les zones de pêche les plus fréquentées par les pêcheurs européens notamment espagnols, français, portugais, se situent principalement sur les côtes du Rio de Oro, partie du territoire faisant l'objet de l'accord mauritano-sahraoui. Et cet accord a, lui, une consécration internationale, toutes les résolutions de l'ONU et de l'O.U.A. le mentionnent comme un fait très positif. En Mauritanie, l'opération généalogies En Mauritanie, où les populations ont des liens forts avec les Sahraouis, le Maroc utilise, depuis des décennies, toutes sortes de moyens pour s'attirer la faveur de l'opinion. Pour y parvenir, certains représentants du Royaume Chérifien se seraient livrés récemment à un jeu de type féodal assez inattendu au 21eme siècle. On sait combien la noblesse des origines compte dans une société fière de ses valeurs traditionnelles. Etre " bien né ", descendre d'ancètres prestigieux et/ou faire remonter son origine au Prophète ou à l'un de ses compagnons ou de ses cousins, constitue une source de considération non négligeable. D'ou la coutume ancienne selon laquelle des tribus prestigieuses, pour augmenter leur clientèle, accueillaient des personnes ou des groupes dynamiques ( mais d'origine modeste ) qui finissaient par s'y intégrer et même se réclamer de l'ancêtre éponyme dont le nom était un gage de considération. C'est certainement en s'inspirant de cette coutume que les protagonistes de Rabat auraient imaginé " d'offrir ", à certains mauritaniens, des généalogies " clefs en mains " avec des témoignages les faisant remonter à quelque " ancêtre chérifien ". Cette astuce un peu grossière ferait simplement sourire si elle ne se situait pas dans un contexte aussi grave. Elle a sans doute fait sourire en Mauritanie aux dépens des " bénéficiaires " car tout le monde sait qui est qui et qui descend de qui. Elle risque même de se retourner contre ses instigateurs et de réveiller des craintes pas tellement anciennes, car les revendications du " Grand Maroc " sont dans tous les esprits (y compris ceux des dirigeants mauritaniens eux-mêmes, bien sûr). L'Amérique latine et les Caraïbes solidaires La diplomatie marocaine, depuis des années, déploie des efforts en direction de cette importante région, pour lui faire abandonner ses positions à l'égard du Sahara Occidental. Dans une prise de position commune, le GRULAC (groupe des pays d'Amérique latine et des Caraïbes des Nations Unies) qui regroupe 33 Etats vient de réaffirmer le 29-03-2001, en direction des plus hautes instances des Nations Unies, " leur vocation historique pour le respect des rêgles du droit international " et donc, leur appui au plan de rêglement des Nations Unies pour le Sahara Occidental et aux accords de Houston. " Contradictions " marocaines à propos du Sahara Occidental L'expression démocratique étant dans une monarchie féodale, en liberté surveillée, les partis se positionnent sur des sujets qui leur sont extérieurs et permettent un refuge, un repli " quasi identitaire " sur un passé supposé mythique. Le rêve d'un " Grand Maroc " qui serait à conquérir est venu de l'Istiqlal, le parti de l'indépendance, au moment précisément où la libération nationale une fois acquise, le Parti était arrivé au bout de ses revendications, n'ayant pas prévu d'objectifs de construction nationale à atteindre sur le long terme. Les populations ont alors été invitées à dépasser (peut-être même à sublimer) leurs préoccupations économiques et sociales à court terme, pour mobiliser leur forces en vue de la conquète d'autres territoires. L'histoire du monde fourmille d'exemples de ce type : la projection sur l'ailleurs pour éviter d'avoir à faire face aux réalités du moment. L'ailleurs aujourd'hui, c'est le Sahara Occidental, seul territoire de ce " Grand Maroc " mythique qui ne soit pas indépendant. C'est donc à son propos que les partis et les courants au sein des partis s'affrontent. La querelle est entre ceux qui feignent d'être " réalistes " afin d'échapper aux pressions internationales et ceux qui campent sur des positions " extrémistes " car il s'agit avant tout d'un combat pour acquérir des pouvoirs ou du pouvoir au Maroc. Les " réalistes " qui assument les responsabilités du pouvoir, proposent d'octroyer une autonomie limitée aux Sahraouis, la fameuse troisime voie, et les extrémistes s'en tiennent à l'intégration totale au Maroc. Par ailleurs, certains intellectuels estiment dans leurs échanges d'idées que la troisième voie déclencherait une opération " décentralisation " dans tout le pays qui, en affaiblissant le pouvoir central, rendrait éventuellement possible l'ouverture démocratique. Le Sahara Occidental est pour les politiciens ( dont certains s'estiment progressistes ) une occasion de sauvegarder ou développer leur pouvoir au sein du Maghzen. On assiste dès lors à des surenchères surprenantes. Témoin, ce qui s'est passé au moment du Congrès de la CDT (Confédération Démocratique du Travail). Ce syndicat, dont les responsables siègent au sein de l'U.S.F.P. (Union Socialiste des Forces Populaires) vient de tenir du 14 au 16/03/2001 son congrès à El Aïoun (capitale sous occupation marocaine). Peu avant, le 10/03/2001, le premier ministre marocain avait évoqué, lors d'une visite à El Aïoun à l'occasion de la journée internationale des femmes, le projet d'autonomie pour le Sahara que le Maroc prépare en grand secret (cf / rencontres BENAėSSA / VEDRINE / ANNAN) afin de le proposer dans les jours (ou semaines) prochains au Conseil de Sécurité des Nations Unies. Les évènements sont venus rappeler par la suite l'existence d'un problème de pouvoir au sein de l'U.S.F.P. entre le courant du premier ministre et celui du dirigeant du syndicat C.D.T., le problème a connu son apogée au moment du congrès de l'U.S.F.P. (quelques jours après celui de la C.D.T.) au point que la C.D.T. n'arrivant pas à ses fins, a décidé de " boycotter " le Congrès U.S.F.P. L'affrontement par Sahara interposé, a commencé lors du Congrès de la C.D.T. (qui s'est déroulé en l'absence de la plupart des invités étrangers qui n'avaient pas voulu s'associer à la symbolique, recherchée par le Maroc, d'un Congrès à El Aïoun). Pourtant, le gouvernement marocain avait mis à disposition des avions militaires destinés à l'acheminement des congressistes ainsi que sur place, un déploiement, inhabituel de forces de police qui donnait à l'ensemble des lieux utilisés par les congressistes, des allures de forteresse en danger. Le secrétaire Général du syndicat, Noubir AMAOUI, s'est situé d'emblée dans le camp des extrémistes critiquant ceux qui prennent des initiatives en faveur de l'autonomie. De nombreux participants qui étaient davantage venus là pour parler du Sahara que pour évoquer les conditions de travail ont témoigné de " l'attachement des marocains à leur unité et intégrité territoriale " qualifiant la ville d'El Aïoun de " symbole de l'unité nationale ". Les propos sont devenus ensuite injurieux à l'égard des Sahraouis qui ont été traités par Noubir AMAOUI de " gardiens de chèvres et de chameaux " provoquant de vives réactions du côté des travailleurs et des notables sahraouis présents. Le Secrétaire Général de la CDT est allé encore plus loin dans ses propos méprisants en prétendant, comme des colonisateurs des temps anciens le faisaient, que le Maroc a apporté la civilisation aux bédouins sahraouis. Travailleurs et notables Sahraouis ont exigé que des excuses leur soient présentées par Noubir AMAOUI et par le Gouvernement, le premier ministre assistant au Congrès. Ce climat augure mal d'une possibilité à court terme de rapprochement entre les peuples, comme y invitaient les accords de Houston en parlant de mesures de confiance. Signe d'un grand malaise économique et social au Maroc, le débat est relancé, par le dirigeant du Syndicat CDT AMAOUI, sur le " Grand Maroc ". Il vient de déclarer qu'une portion du territoire algérien, de Béchar à Tindouf, est une partie intégrante du Maroc. C'est donc cette aile représentée par la CDT qui se trouve dans le camp des " extrémistes ". Mohamed BOUCETTA, ex-ministre des Affaires Etrangères et ex-secrétaire général du parti de l'Istiqlal proposé, quant à lui, le 25 mars 2001, l'organisation d'un référendum constitutionnel au Maroc sur la régionalisation, afin de mettre un terme au conflit du Sahara Occidental. Ces combats sur le sort du Sahara montrent que les politiciens utilisent cette " cause " pour se situer dans les jeux de pouvoir au Maroc, à défaut de parler des vrais problèmes du pays. Il s'agit de jeux dangereux d'autant qu'ils correspondent à un renforcement de l'armée pouvant conduire à la guerre et à une mise en valeur de la force militaire au mépris du droit, qui pourrait aussi se retourner contre le systême politique civil du pays. PERSPECTIVES Plus on approche de la date du 30 avril (terme du mandat actuel de la M.I.N.U.R.S.O.), on sent au Maroc une atmosphère de fébrilité diplomatique et guerrire rappelant celle qui a entouré l'offensive de la " marche verte ". Ces préparatifs sont tels que certains observateurs se demandent si le slogan " troisième voie " n'est pas destiné à servir de couverture à une " solution " militaire consistant à envahir le reste du territoire sous contrôle sahraoui (au-delà du " mur de défense " de l'armée marocaine). Certains se demandent mme si cet aventurisme belliqueux ne comporte pas des plans d'agression contre les camps sahraouis au Sud de Tindouf. On imagine mal les dirigeants marocains avaliser une expédition visant ouvertement le territoire algérien, ce qui équivaudrait à une déclaration de guerre et à un défi délibéré à la Communauté Internationale. Mais l'invasion des territoires sahraouis libérés créerait une situation comparable et éminemment explosive par la reprise généralisée des hostilités maroco-sahraouies, la mise en contact direct des armées des trois pays limitrophes du Sahara dans un contexte de dangereuse tension. Elle offrirait aux éléments les plus belliqueux l'occasion de multiples bavures et provocations. Toute la région risquerait d'être entraînée vers un embrasement aux conséquences incalculables aggravant la situation déjà si précaire et souvent dramatique des peuples concernés. Même si le pire n'est pas atteint, la persistance d'une ambiance délétère suffit pour empêcher tout progrès réel dans une région dont les ressources et les potentialités sont considérables pourvu que la paix et la coopération prévalent. Les progrès du développement et aussi de la démocratie sont à ce prix. Les militants marocains en particulier devraient se souvenir que l'évolution démocratique dans leur pays est étroitement liée depuis longtemps à celle du Sahara Occidental. Cette interdépendance s'est vérifiée ces dernières années lorsque l'amorce de l'application d'un " Plan de Paix " onusien s'est accompagnée d'un début de dégel démocratique et ces derniers mois lorsque l'abandon de ce plan a coïncidé avec une recrudescence de pratiques répressives rappelant facheusement celles des " années de plomb " : mesures contre les militants des droits de l'homme et des journalistes marocains, répression plus grave contre des sahraouis (emprisonnements, tortures, disparitions ). Pour enrayer les engrenages néfastes et faire échec aux plans aventureux des bellicistes, les démocrates marocains et les patriotes sahraouis sont des alliés objectifs. Leur lutte a besoin du soutien actif de l'opinion internationale. Celle-ci en a-t-elle conscience ? Des signes intéressants tendent à le laisser espérer, dans certains pays où elle s'exprime parfois contre les interventions de gouvernements trop complaisants à l'égard de la politique militariste imposée à Rabat par des milieux dont les intérêts sont liés à l'occupation du Sahara Occidental. Ces intérêts doivent s'effacer devant l'intérêt du peuple marocain qui aspire, lui, à la paix dans la dignité et la réconciliation avec ses frères sahraouis dans un Maghreb apaisé et solidaire dont les forces créatrices enfin libérées pourraient transformer toutes les potentialités humaines et matérielles en puissants instruments de développement et de prospérité. Paris, le 14 avril 2001 Annick Miské-Talbot. |
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Collectif d'initiatives pour la connaissance du Sahara occidental - avril 2001