Sahara-occidental: vers la troisième voie Le référendum enterré, l'ONU pousse Rabat à dialoguer avec le Polisario.

Par JOSÉ GARÇON Libération, le vendredi 2 mars 2001

L'ancien opposant marocain Abraham Serfaty a affirmé, hier, tout haut ce qui se dit tout bas sur le règlement de l'interminable conflit du Sahara-Occidental. «Ou le Maroc accepte d'aller dans la troisième voie (autonomie dans le cadre de la souveraineté marocaine, ndlr), ou l'ONU bouclera le recensement dans un sens qui donnera lieu à l'indépendance», a-t-il déclaré à l'hebdomadaire marocain la Nouvelle Tribune. Serfaty, qui, sous Hassan II, paya de très longues années de prison ses prises de position en faveur de l'indépendance du Sahara-Occidental, s'engage ainsi dans la bataille pour imposer une solution de rechange au fameux référendum d'autodétermination organisé par l'ONU. Autonomie limitée.

En effet, une décennie d'efforts internationaux visant à organiser ce scrutin n'a pas permis de résoudre la question de l'appartenance de cette ancienne colonie espagnole aujourd'hui administrée par le Maroc. Faute d'accord entre Rabat et le Polisario concernant le nombre des personnes habilitées à voter, ce référendum a été renvoyé aux calendes. Cet échec a alimenté la recherche d'une «troisième voie», qui consiste à octroyer une autonomie limitée à ce territoire dans le cadre de la souveraineté marocaine. Soutenue par Paris et Washington, cette solution politique, qui suppose un dialogue direct entre le Maroc et le Polisario, est toutefois catégoriquement rejetée par ce dernier. Le Polisario, qui la considère trop favorable au Maroc, y voit une «spoliation des droits du peuple sahraoui».

De son côté, l'Algérie - principale aide et soutien des Sahraouis - demeure, officiellement du moins, attachée au référendum. Et cela même si, en privé, de hauts responsables algériens font miroiter à leurs interlocuteurs étrangers une certaine souplesse sur une question qu'ils entendent cependant monnayer. Le blocage total du processus onusien, qui risquerait en outre de se retourner contre le Maroc, a, quoi qu'il en soit, amené les dirigeants marocains à se prononcer en faveur de cette «troisième voie» proposée par James Baker, le Monsieur Sahara de Kofi Annan, le secrétaire général de l'ONU.

Mais Baker presse le Maroc d'aller plus loin dans les «dévolutions de souveraineté» au Polisario, afin de pouvoir rendre cette solution acceptable pour les Sahraouis. Crainte. Rabat, qui a fait jusqu'ici des avancées sur cette question, ne paraît cependant guère pressé d'aller plus loin tant que ses relations avec Alger ne seront pas un minimum normalisées. «Le problème, c'est que l'Algérie est moins l'alliée du Polisario que l'ennemie du Maroc», commente ainsi une source diplomatique marocaine.

En intervenant sur cette affaire, Abraham Serfaty semble surtout redouter que cette solution politique finisse, elle aussi, aux oubliettes.

Collectif d'initiatives pour la connaissance du Sahara occidental - mars 2001