25 ans d’ « oubli » par Danielle MITTERRAND, l'Humanité le vendredi 2 mars 2001

Vingt cinq années après la proclamation de la République arabe Sahraouie démocratique, un peuple continue à vivre sous occupation ou en exil. Le 27 février 1976, en effet, les Sahraouis répondaient à l’annexion marocaine de leur territoire, par la proclamation de leur Etat, refusant qu’un colonisateur en remplace un autre. Les « oubliés » de la décolonisation devaient pourtant, dès 1964, exercer leur droit à l’autodétermination au terme d’une résolution des Nations Unies, mais l’Espagne céda le territoire au Maroc et à la Mauritanie en 1975. La guerre, l’exil, la répression ont marqué le conflit entre le Maroc et le Front Polisario.

Puis, la communauté internationale négocia enfin un cessez-le feu entre les parties devant conduire, selon un plan de règlement des Nations Unies, à un référendum d’autodétermination du peuple sahraoui initialement prévu en janvier 1992. Neuf années se sont écoulées, un quart de siècle d’exil et d’occupation pour un peuple. Le fait accompli est devenu un « passe-droit » permettant d’omettre cette frontière sur certaines cartes ! Or, la mémoire et l’identité d’un peuple sont toujours en éveil pour nous rappeler qu’il n’a été ni écouté, ni consulté.

France Libertés est au côté des Sahraouis parce qu’elle se refuse à accepter un tel cynisme. La fondation soutient ce peuple dans les camps de réfugiés en Algérie, où les conditions de vie particulièrement difficiles sont une forme de résistance et de défi pour la population. Elle soutient également les Sahraouis qui, au Sahara Occidental, ne peuvent s’exprimer librement. Aujourd’hui, nous nous devions de dénoncer la situation faite à un peuple de ne pas être entendu dans sa légitime revendication simple et essentielle de s’exprimer sur son devenir. Nous nous devions de rappeler que le peuple sahraoui s’est vu confisquer l’exercice de son droit par la volonté hégémonique de puissances régionales, dont au premier chef l’Espagne et le Maroc, avec l’assentiment tacite de leurs alliés. Il n’est qu’à rappeler que le Maroc est un Etat associé à l’Union Européenne par des accords économiques, notamment de pêche.

Est-il légitime que nos gouvernements ignorent qu’une partie de ces ressources provient d’un territoire dont le statut juridique est en suspens ?

Quand le peuple sahraoui exercera-t-il son droit à l’autodétermination ? La réponse est déterminante pour tout l’avenir de la région. Et tant que cette question sera posée, un véritable échange entre les deux rives de la Méditerranée sera illusoire.

Collectif d'initiatives pour la connaissance du Sahara occidental - mars 2001