3. La meilleure ressource économique, c’est la paix :
la main mise sur les richesses d’autrui ne compense pas les dépenses d’occupation militaire d’un pays

Les revendications sur le Sahara Occidental (et d’autres régions ou pays) ont pour soubassement des intérêts ordinaires de contrôle des richesses, avec, au moment où elles ont été développées, une volonté d’hégémonisme sur une partie de l’Ouest Africain.

L’argumentation véhiculée par le Maghzen et les alliés du Maroc est que le Sahara Occidental est une cause sacrée … comme si la présence de ressources naturelles (fer et cuivre en Mauritanie, phosphates et autres au Sahara Occidental) ne seraient que des coïncidences tout à fait fortuites.

Longtemps négligé, déseté même par le colonisateur, le territoire de la Seghiat El Hamra et du Rio de Oro n’a été finalement occupé par l’Espagne qu’au cours de la décennie 1930 (avec le concours décisif de l’armée française).
Le Sahara est devenu réellement objet d’attention et plus tard de convoitises, pour le gouvernement espagnol, à partir de la découverte en 1947 des phosphates de Bou Craa.

Lors des négociations maroco-espagnoles ayant précédé l’accord de Madrid (les discussions ont eu lieu alors que se déroulait la Marche verte), l’Espagne a exigé en contrepartie de son « abandon » du Sahara, 35 % des actions de Fosbucraa (65 % des actions étant captées par l’Office Chérifien des phosphates), le maintien des bases militaires au Maroc, l’indemnisation des colons et bien sûr, la pérennisation des enclaves de Ceuta et Melilla.

Le rôle joué par le phosphate dans la guerre menée contre les Sahraouis a été très important. En contrôlant les phosphates (2) du Sahara Occidental, le Maroc est devenu le premier pays phosphatier du monde (avant les USA) et de ce fait, était – et est – en position dominante dans les négociations sur le marché international.

D’ailleurs, au début de la conquête du Sahara Occidental par le Maroc, certaines chancelleries occidentales (France en particulier) « justifiaient » le soutien au Maroc par la recherche d’un équilibre économique entre les deux grands pays du Maghreb, au travers de potentialités en ressources naturelles (l’Algérie avec le pétrole, le Maroc avec le phosphate).

Le Maroc utilisa souvent l’arme du phosphate pour tenter de « neutraliser » les votes à l’ONU de puissances favorables aux droits des Sahraouis à déterminer leur destin.

Aux marchandages habiles entre pays concurrents à propos de l’approvisionnement en phosphates (dont de grandes puissances agricoles dépendaient, comme la Chine, l’URSS) s’est ajouté le « marché » des droits de pêche sur les côtes marocaines et surtout sur celles du Sahara occupé. Le chantage aux « accords de pêche » est actuellement pratiqué à l’égard de l’Union Européenne dans le dessein de faire plus précisément pression sur la France et l’Espagne.

Depuis 26 ans, les richesses du Sahara Occidental sont tour à tour vantées aux marocains pour leur faire oublier les dures réalités, proposées aux grands pays sous forme de marchés du siècle ou habilement négociées en échange d’avantages diplomatiques.

Les investissements réalisés par le Maroc dans le territoire occupé ne pourront jamais compenser les revenus de tous ordres tirés de l’exploitation des richesses du Sahara Occidental.

L’état de pauvreté affectant une partie importante des populations marocaines est pour beucoup dû à la guerre de conquête, aux frais occasionnés par une armée d’occupation pléthorique, se trouvant loin de ses bases – affrontée à un terrain où population et environnement lui sont franchement défavorables, au coût d’expatriation(3) des agents marocains.

(2) D’une qualité exceptionnelle, la teneur du phosphate du Sahara Occidental est double de celle du phosphate marocain.

(3) Les avantages d’expatriation accordés aux fonctionnaires et autres agents de la colonisation sont très importants, les salaires sont majorés de 25 à 75 % par rapport à ceux du Maroc. La vie sur place est facilitée, les denrées alimentaires et les produits de première nécessité sont importés du Maroc et fortement subventionnés. Il est juste d’ajouter que les colonisés ont accès aux produits subventionnés et aux autres mesures destinées à les « séduire », en particulier, l’exemption d’impôts qui ne profite bien sûr qu’aux « collaborateurs », les autres étant de toute façon trop pauvres pour en payer.

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Collectif d'initiatives pour la connaissance du Sahara occidental - octobre 2001