Les USA s’engagent directement

Quand Bill Clinton arrive à la Maison Blanche le 20 janvier 1993, la politique vis à vis du Sahara Occidental reprend des couleurs démocrates.

Aux Nations Unies, des résolutions pilotées par des pays inconditionnels à l’égard du Maroc sont stoppées. Néanmoins, le Plan de paix n’avance pas, car les USA craignant l’hostilité de quelques sénateurs républicains opposés aux Nations Unies (et donc à la Minurso) s’abstiennent d’exercer les pressions sur le Maroc susceptibles de conduire à la résolution du conflit.

Il faut attendre 1997 pour que, sur la suggestion de Kofi Annan, les USA acceptent de s’investir directement dans le dossier. La période est d’autant plus propice qu’à la faveur des événements des Balkans, les chefs de la diplomatie américaine et française se concertent très souvent.

Les USA mettent comme conditions que l’envoyé spécial du Secrétaire Général des Nations Unies, comme d’ailleurs le représentant du Secrétaire Général au Sahara Occidental, soient américains.

Monsieur James Baker (ancien responsable de la diplomatie américaine, respecté, lié au Parti Républicain) est nommé Envoyé Spécial du Secrétaire Général au Sahara Occidental.

En 1998, le premier représentant spécial au Sahara Occidental est le meilleur connaisseur américain de la région, Charles Dunbar. Ses positions irritent le Maroc (les rapports du Secrétaire Général des Nations Unies inspirées par Dunbar sont à cette époque limpides, désignant clairement les actes s’opposant à la mise en route du plan de règlement). Charles Dunbar (comme d’autres avant lui) est conduit à la démission au bout d’une année. Il est remplacé par William Eagleton en 1999.

Jusqu’à la mort d’Hassan II, les USA considéraient que pour favoriser un meilleur climat économique, le libre échange, la transition vers la démocratie dans le royaume, il était impératif de trouver une solution juste au conflit du Sahara Occidental et s’employaient à la faire émerger.

Subitement, fin 1999, on observe un changement de la stratégie américaine.

Après avoir soutenu fermement pendant des années l’organisation d’un référendum juste et transparent, le représentant américain au Conseil de Sécurité se fait tout à coup l’avocat d’une « autre solution ».

Les amis du Maroc semblent avoir convaincu les USA que l’élection d’un nouveau Président en Algérie (mai 1999) et la disparition d’Hassan II (juillet 1999) permettraient de rechercher une solution non contrariante pour le Maroc.

L’attitude critique adoptée jusqu’alors par les USA à l’égard du royaume chérifien devient attentive et compréhensive, de plus en plus proche de celle du Quai d’Orsay.

Les USA optent pour une ligne politique éloignée de l’exercice normal du droit des peuples à l’autodétermination. L’effort diplomatique se concentre sur une tentative de rapprochement entre les deux grandes capitales maghrébines auxquelles on vante les charmes d’une telle opération. Cela s’est traduit surtout par une entreprise de séduction à l’égard d’Alger, à qui est promise une importante coopération si elle accepte un arrangement avec Rabat et procède à des changements économiques.

Pour donner l’apparence d’un équilibre, on parle d’une démarche « exigeante » à l’égard de Rabat à qui il est demandé d’accepter le principe d’un règlement accordant une réelle autonomie au Sahara.

En réalité, tout dans cette démarche est bénéfice pour le Maroc : éloignement de l’option indépendance pour le Sahara, perspective d’une réouverture de la frontière algéro-marocaine qu’il appelle de ses vœux depuis longtemps, etc.

Les milieux diplomatiques bien informés font état d’un accord « secret » entre les chancelleries française et américaine pour que le projet d’autonomie auquel le Maroc doit paraître se résoudre soit présenté comme un plan des Nations Unies de paternité américaine.

Tout un jeu de trompe l’œil pour que le Maroc ait l’air de subir les pressions des Nations Unies et des Etats Unis pour accepter l’autonomie interne du Sahara Occidental est développé.

En effet, quand la liste des votants sahraouis arrêtée selon des critères acceptés par les Parties, a été connue, le Maroc comprit qu’il ne pourrait jamais gagner le référendum par les urnes. D’où un brusque changement de stratégie afin d’échapper aux résultats d’un vote transparent.

Le Rapport du Secrétaire Général du 17 février 2000 exprime des doutes quant à la possibilité de parvenir à appliquer le plan de règlement des Nations Unies.

Ensuite, lors des consultations de James Baker auprès des parties (8 au 11 avril 2000) précédant le rapport du 22 mai 2000 du secrétariat de l’ONU, le Maroc affiche une réserve à l’égard d’un plan d’autonomie, destinée à son opinion.

L’hebdomadaire marocain « Demain » publie le 22 mai 2000 un article intitulé « Sahara, la solution serait américaine ».

Quelques jours après le rapport du Secrétaire Général des Nations Unies du 22 mai 2000 qui symbolise le grand virage, le Ministre Hubert Védrine déclare à l’Assemblée Nationale française : « La France partage l’évaluation du Secrétaire Général des Nations Unies sur les difficultés de mise en œuvre consensuelle du plan de règlement. Elle soutient donc la mission d’évaluation confiée par M. Kofi Annan à son envoyé spécial, M. James Baker ».

Mohamed VI est reçu avec beaucoup d’égard à Washington du 19 au 24 juin 2000. Il est invité, par le Président Clinton, à agir en direction de la Communauté Internationale en montrant ses bonnes dispositions concernant des négociations politiques sur l’autonomie du Sahara.

A partir de cette date, de multiples initiatives sont prises pour la promotion « internationale » de cette solution.

La France souhaite l’implication de l’Espagne, afin qu’elle participe avec les parties à la négociation de la « troisième voie » proposée … mais cette dernière, en raison de son opinion publique, se montre prudente.

Les Etats Unis veulent que le « dialogue » puisse inclure toute l’Europe.

En 2001, on assiste au développement de multiples missions vers les parties concernées et intéressées. Elles n’auront de chance d’aboutir que s’il s’agit de négociations réelles et non de pressions pour imposer une « solution » pré-déterminée, dans un sens favorable à la transformation de l’occupation du Sahara en annexion.

D’ailleurs, le Maroc a mis ses amis et protecteurs dans l’embarras en imposant dans le dernier « accord cadre » soumis au Conseil de Sécurité, une clause qui le rendait par avance caduque. Comment peut-on imaginer que l’autodétermination d’un peuple puisse être décidée par les votes de ses occupants ?

Lorsque le secrétariat des Nations Unies et les USA mettaient leurs espoirs dans cette autonomie, les diplomates américains suivant l’affaire étaient partagés. Les réalistes savaient que le Maroc tenterait encore une fois une diversion de dernière minute en présentant une autonomie dénaturée, les naïfs pensaient que cette dernière chance d’entrer dans une négociation pouvant conduire par paliers à une solution mutuellement acceptable, serait saisie par la monarchie chérifienne.

Dans ce cas, comme dans celui du Proche Orient, on se trouve aujourd’hui dans une situation peu propice au dialogue que seul le retour au plan initial pourrait contribuer à détendre.

En quelques heures, l’histoire du monde s’est accélérée avec l’effroyable tragédie du «World Trade Center».

Le Maroc qui baigne depuis plus de quarante ans dans une culture politique dépassée (entretenue par un personnel politique quasi immuable raisonnant en fonction de critères d’autres temps et d’intérêts trop personnels) doit s’adapter à une situation internationale qui va obliger à s’attaquer aux causes véritables des conflits au lieu de se limiter au traitement de leurs conséquences.

Les événements ayant douloureusement endeuillé les USA le 11 septembre 2001 devraient également conduire les grandes puissances à réfléchir aux conséquences de la prise en compte étriquée de leurs intérêts mercantiles et stratégiques trop immédiats, des engagements faits au nom d’amitiés trop complaisantes, de choix politiques non fondés sur l’éthique, le droit, l’expression démocratique.

La continuation d’un soutien militaire et politique raisonnable au Maroc aurait pu être souhaitable et comprise si elle avait été accompagnée d’une volonté résolue de faire respecter le droit international.

Toute prouve que lorsqu’elles ne se sont pas montrées purement et simplement, complices, les grandes puissances ont manqué de conviction, de rigueur et d’exigence concernant le respect du droit.

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Collectif d'initiatives pour la connaissance du Sahara occidental - octobre 2001