| III
- En conclusion
Les fluctuations diplomatiques qui viennent dêtre décrites
montrent que lorsque la France et les USA sont venus apporter leur
soutien au Maroc, le confortant ainsi dans sa politique doccupation
du Sahara et son refus dune solution acceptable entre toutes
les parties, ils ont tout à la fois bloqué le règlement
de la question Sahraouie et la construction du Maghreb et retardé
le processus démocratique convenant aux valeurs et aux attentes
des peuples dans cette grande région.
Par contre, chaque fois quune volonté de voir régler
le problème a été exprimée avec un minimum
de conviction par ces grandes puissances, un pas vers la paix a été
franchi, qui aurait pu être décisif si les efforts avaient
été poursuivis. Cest aussi à la période
de loption pour un référendum juste et équitable
au Sahara Occidental que correspondent les premières initiatives
de démocratisation au Maroc.
Un règlement aurait pu être possible au tout début
de la décennie 1980 car les Sahraouis étaient en train
de gagner sur le terrain. La stratégie des murs conçue
et accompagnée par les USA, et surtout par la France, est venue
contrarier cette possibilité.
Quant au processus référendaire, qui était pour
les Sahraouis la contrepartie de leur décision de cessez le
feu (6/9/1991), il a été subitement mis entre parenthèses
en 2000 sous le prétexte de lavènement de Mohamed
VI dont on attendait un changement complet de politique !
La terrible tragédie du 11 septembre 2001 qui a endeuillé
lAmérique et heurté tous les démocrates
épris de paix pourrait être loccasion dune
réflexion densemble concernant les exigences de la cohabitation
pacifique entre les peuples, la nécessité de se référer
aux valeurs et de respecter les règles, que la Communauté
Internationale sest données, limpérieuse
obligation de passer du discours sur le droit à son application
dans les faits.
Les observateurs savent que le peuple sahraoui sest toujours
limité à résister à linvasion militaire
dont il était la victime, sest toujours abstenu jusquà
maintenant de recourir à des pratiques terroristes. Il a même
évité dentrer en conflit avec des militaires non
marocains venus faire de « lassistance technique »
qui se trouvaient sur le terrain des opérations.
Le fait que les Sahraouis soient peu nombreux, autorise-t-il certaines
puissances à leur refuser le bénéfice de droits
internationalement reconnus ?
Ou alors, est-ce leur « naïveté » qui est
en cause, comme lont dit certains diplomates onusiens, parce
que les Sahraouis continuent à croire à certaines valeurs
comme le respect de la parole donnée, le sens de lhonneur,
lattachement aux règles établies par la Communauté
des Nations ?
Lhistoire pourtant nous apprend que les peuples patients,
aptes à la négociation, ne doivent pas être conduits
à la désespérance.
Des événements récents montrent que rien nest
plus dangereux quun peuple dont on casse la cohérence
collective car lindividuation brutale qui en résulte
peut conduire à des comportements excessifs.
Une des caractéristiques des peuples nomades, cest leur
aptitude à faire face à ladversité et à
se regrouper pour résister chaque fois que le moment lexige.
Si lon observe lhistoire connue du peuple sahraoui depuis
son entrée en contact avec la colonisation, on saperçoit
que la résistance a été continuelle avec des
pics tous les dix ou quinze ans.
Toute solution qui naurait pas lassentiment du peuple
originaire de cette contrée serait à terme productrice
de grands désordres.
Parmi les attitudes politiques des grandes puissances, la plus propice
à un accord de paix était sans nul doute celle préconisée
par Andrew Young (tenir compte des aspirations à lindépendance
politique et économique des peuples, agir sur une base multilatérale,
faire évoluer les régimes dictatoriaux, rechercher
une solution dans le cadre dun ensemble régional).
A propos du Sahara Occidental, le retour sur les faits témoigne
que la seule période ayant permis douvrir la négociation
politique avec un consensus autour dun plan de paix
correspondant à la volonté de construire le Maghreb.
A lépoque, les grandes puissances ont contribué
de façon essentielle à la création du climat
nécessaire à lentreprise.
Malheureusement, les grandes puissances ont aussi toujours fini par
céder aux divers chantages dont elles étaient lobjet
de la part du Maroc et lont ainsi encouragé dans une
politique du pire.
Lattitude hégémonique du Maroc est une interprétation
dangereuse de la « Umma » considérant que tout
territoire habité par des musulmans pourrait être soumis
au pouvoir dune autorité musulmane voisine.
Comment des Etats attachés à la démocratie peuvent-ils
aider une monarchie, dont le prince se désigne lui-même
comme Emir des croyants, à accaparer les terres et les richesses
de peuples voisins ?
Le recours au droit est la seule façon de traiter, dans le
respect strict des règles des Nations Unies, la question du
Sahara Occidental.
Il nest donc pas possible de faire léconomie de
lautodétermination du peuple sahraoui et seul ce dernier
peut se prononcer sur son destin.
Nations Unies et puissances ayant un rôle international ont
le devoir de protéger les ressources du Sahara Occidental car
dune part, elles appartiennent au peuple sahraoui et dautre
part, leur exploitation sert aux trafics dinfluence vis à
vis de pays ou dorganisations multilatérales.
Les représentants sahraouis ont souvent affirmé quils
étaient prêts à partager les fruits de leurs richesses
dans le cadre de lédification du Maghreb. En laissant
commettre le pillage, cest à ce souhait dun grand
marché commun régional que lon nuit.
La construction du Maghreb nécessite comme préalable
la paix
la paix au Sahara. Mais la paix au Sahara Occidental
nécessite la sécurité garantie pour les différents
acteurs, dans le pays même et chez ses voisins.
Cela suppose une solution juste et acceptable
juste pour les
Sahraouis, acceptable par le Maroc et rassurante pour les autres pays.
Cela suppose la non occupation du Sahara Occidental par une armée
dont la présence est ressentie comme une menace par dautres.
Cela suppose sans doute la présence dune autre force,
une force neutre, une force non pas doccupation mais de paix,
susceptible de protéger et de favoriser une longue et délicate
uvre dapaisement, de réconciliation, de cicatrisation
des plaies du passé et de construction dun avenir partagé.
Cest à cette uvre que les Grandes puissances doivent
apporter leur précieux concours si elles veulent réellement
favoriser la construction de ce Maghreb uni et solidaire, de ce partenaire
économique viable et performant quelles appellent de
leurs vux. AMT |