AUTRES USAGES DES PHOSPHATES MAROCAINS

Les phosphates du Maroc (www.sfc.fr) et du Sahara occidental (J.M. Rios, op. cité) ne font pas exception à la règle concernant la présence d’uranium en leur sein. La concentration de ce métal est suffisamment élevée pour être jugée économiquement intéressante. Le C.E.R.P.H.O.S. (Le Centre d’Etudes et de Recherches des Phosphates), organisme marocain dépendant de l’O.C.P., gère un brevet concernant la récupération d’uranium à partir de l’acide phosphorique (www.cerphos).

Des phosphates marocains, la société belge Prayon a retiré 38 tonnes d’uranium par an, dans les années 90 (www.kassdusiècle.com), dans ses usines de Normandie. Une résolution de la Chambre des Représentants de Belgique le confirme en sa session du 25 mai 1998 (www.lachambre.be), qui reconnaît que « 5% de l’uranium utilisé dans les centrales électriques de Doel et Tihange provient du traitement des phosphates marocains par Prayon-Rupel (ce qui correspond à un volume de 50 tonnes d’uranium) ».

De nombreuses sources indiquent que le Maroc cherche à s’engager, depuis plusieurs années, dans la production d’électricité d’origine nucléaire à partir de l’uranium contenu dans les phosphates (www.maroc-hebdo.press.ma N°363)

Ainsi la Chambre de Commerce de Padoue (www.camcom.it) signale un «projet électronucléaire qui vise la valorisation des ressources nationales en uranium contenu dans les phosphates (marocains)». Dans un numéro de décembre 1998, le quotidien Canarias 7 (www.arso.org N°53 27.12.98) signale que plusieurs projets de centrales nucléaires sont à l’étude au Maroc, à TanTan (centrale chinoise de 10 M.W.) et entre Essaouira et Safi (réacteur de 600 MW construit par une entreprise française). « L’électricité produite est destinée au marché espagnol ».

Outre l’affectation de l’uranium à la fourniture d’électricité, celui-ci peut aussi servir au dessalement de l’eau de mer. Le Maroc n’a pas manqué de s’engager dans cette voie. L’AIEA (l’Agence Internationale pour l’Energie Atomique) a soutenu le Maroc pour l’exécution de deux projets- pilotes en matière de dessalement de l’eau de mer (Maroc Hebdo International, N°339 du 26.9.1998). Une station de dessalement fonctionne à Boujdour (www.marche-verte.com) et une à El Aiun au Sahara. La Chine, dans le cadre de son partenariat avec le Maroc, commencé en 1957, et vu ses connaissances en technologie du dessalement, s’est engagée auprès du Maroc à répondre à sa demande concernant « le besoin de ses provinces sahariennes (en ce domaine) (La Vie Economique, N°4039 du 29.10.1999)».

En ce qui concerne la présence de métaux lourds dans les phosphates marocains, celle-ci est attestée par l’O.C.P. dans une note du 30.6.1998 (www.ocpgroup.ma) qui reconnaît devoir agir sur « le niveau de métaux lourds (contenus dans les phosphates)». Les demandes environnementales étaient de nouveau soulignées par Monsieur Pascal Lamy à Casablanca, le 28 mai 2001 (www.europa.eu.int).

PHOSPHATES MAROCAINS ET SOCIETES ETRANGERES.

Depuis la découverte de phosphates au Maroc en 1921, ceux-ci ont toujours été exploités par l’O.C.P. (L’Office Chérifien des Phosphates) créé le 7.8.1920. Depuis cette date, l’O.C.P. a le monopole de l’extraction, de la transformation et de la commercialisation des phosphates et de leur dérivés : l’acide phosphorique, l’anhydride phosphorique et les différents engrais phosphatés.

Au cours de son développement, l’O.C.P. a créé des filiales et signé des accords de partenariat ou de participation avec des sociétés étrangères.

1) Les filiales de l’O.C.P (www.ocpgroup.ma) Elles sont contrôlées à 100% par l’Office. Il s’agit de :

  • MAROC PHOSPHORE qui a pour activité la production d’acide phosphorique à Safi et Jorf Lafsar.
  • SMESI, la Société Marocaine d’Etudes Spéciales et Industrielles s’est spécialisée dans l’étude d’unités clés en main concernant le traitement des minerais et l’industrie chimique.
  • MARPHOCEAN est chargé du transport de l’acide phosphorique par voie maritime.
  • SOTREG est responsable du transport du personnel de l’Office.
  • CERPHOS, le Centre d’Etudes et de Recherche des Phosphates Minéraux a pour objectif l’ensemble des recherches concernant les phosphates. Le CERPHOS a, dans le domaine du dessalement de l’eau de mer, établi des relations de partenariat avec différentes entreprises, et parmi elles les sociétés françaises ALPHA LAVAL et SIDEM.

2) Les accords de partenariat ou de participation avec des sociétés étrangères (www.ocpgroup.ma).

  • PHOSBUCRAA à sa création, par l’Espagne, le 22.5.1968, a pour mission l’exploitation des phosphates du Sahara. Actuellement Phosbucraa est détenu à parts égales par l’O.C.P. et par la S.E.P.I. (La Société Espagnole de Participation Industrielle), dont les capitaux sont à 100% entre les mains de l’Etat espagnol qui a investi 7500 millions de pesetas en 1991 dans Phosbucraa. Le site de Bu-Craa fournit 2,2 millions de tonnes de phosphates bruts (Jean François Troin, op. cité.).
  • EMAPHOS Euro-Maroc-Phospore est une filiale dont les capitaux sont détenus en trois parts égales par l’O.C.P., PRAYON (Belgique) et par la C.F.B. (La Chemische Fabrik Budenheim Allemagne). Emaphos, sur le site marocain de Jorf Lafsar, produit 120 000 tonnes d’acide phosphorique par an depuis janvier 1998 (www.ocpgroup.ma).
    EMAPHOS a récemment décidé de doubler sa capacité de production. « Le Conseil d'Administration de la Société EMAPHOS, réuni courant octobre 2001, a décidé le doublement de la capacité de production de la Société en acide phosphorique purifié. La nouvelle unité sera construite à Jorf Lasfar aux côtés de l'usine d'EMAPHOS, pour une production additionnelle de 120 000 tonnes P2O5 par an. L'investissement est de l'ordre de 45 millions de dollars. La production est prévue de démarrer en fin 2003. La Société EMAPHOS est le fruit d'un partenariat industriel entre l'O.C.P., Prayon (Belgique) et la C.F.B.(Budenheim/Allemagne).
  • Prayon et C.F.B. sont leaders européens dans le domaine des phosphates. De même, l'acide phosphorique purifié est utilisé dans l'alimentation humaine (limonades, sucres, huiles végétales, levures, fermentation), les détergents, le traitement de surfaces (www.ocpgroup.ma).
  • IMACID Indo Maroc Phosphore S.A. est une filiale indo-marocaine dIMACID Indo Maroc Phosphore S.A. est une filiale indo-marocaine détenue à parts égales par l’O.C.P. et par Chambal Fertilizer Inde qui fait partie du groupe indien Birla. Imacid exploite à Jorf Lafsar une usine qui produit 330 000 tonnes d’acide phosphorique par an. Imacid a, en 1997, bénéficié d’un prêt de 220 MF dans le cadre d’une convention signée entre PROPARCO (Promotion et Participation pour la Coopération Economique), une filiale de la CFD (Caisse Française de Développement) (www.archives.premier-ministre.gouv.fr) et l’O.C.P. lors de la visite du premier ministre français, Monsieur Lionel Jospin, au Maroc le 18.12.1997.
  • ZUARI MAROC PHOSPHATE, est une filiale indo-marocaine dZUARI MAROC PHOSPHATE, est une filiale indo-marocaine d’investissement spécialisée dans la fabrication de 1 million de tonnes par an d’engrais phosphatés. Ses capitaux appartiennent à 50/50 à l’O.C.P. et Chambal Ferlizer Inde. « Le 28 février 2002, le Groupe OCP a acquis, dans le cadre d’une opération de privatisation et en association avec la Société indienne Zuari Industries Ltd du Groupe Birla, 74% des actions de la Société Paradeep Phosphates Ltd (PPL), les autres 26% restants pour le moment propriété de l’Etat indien. L’usine de PPL est localisée à Paradeep, dans l’Etat de l’Orissa, sur la côte Est du sous-continent indien. Elle a une capacité de production d’environ 1 million de tonnes d’engrais (www.ocpgroup.ma). ».
  • FERTIMA, société marocaine de fertilisant, fut créée en 1972 et détenue à 100% par l’O.C.P. Fertima a pour seul objectif le marché marocain des engrais phosphatés et emploie 367 personnes. Depuis la création de Fertima, l’O.C.P. a vendu 81% des parts de cette société qui sont maintenant détenues par différents actionnaires dont A.D.P. ( Adubos De Portugal ) devenu gestionnaire de Fertima (La Vie Economique du 12.2000).
  • ANFIL : Al Noor Fertilizer Industries Ltd. est la 2e. sociANFIL : Al Noor Fertilizer Industries Ltd. est la 2e. société de production de D.A.P. (Diamoniaque Phosphate) au Pakistan. L’O.C.P. a pris, en 1997, une participation dans ANFIL pour la réalisation d’une usine d’engrais au Pakistan à partir de 200 000 tonnes d’acide phosphorique venant du Maroc et produit par Maroc Phosphore (www.mem.gov.ma/cadre_general.htm et www.pakistaneconomist.com).
  • SINOCHEM : China Chemicals Imports and Export Corporation est le plus grand importateur dSINOCHEM : China Chemicals Imports and Export Corporation est le plus grand importateur d’engrais en Chine. L’O.C.P. a noué des relations de partenariat avec SINOCHEM, en 2002, en vue d’exporter des phosphates bruts et de l’acide phosphorique (www.maroc-hebdo.press.ma N°497 du 8.2.2002 et www.sinochem.com). L’O.C.P. poursuit son développement en Chine avec CNCCC (China National Chemical Construction Qingdao Company).

    3) Sociétés étrangères ayant des intérêts dans les phosphates marocains.
  • PRAYON (www.prayon.com) est une société belge fondée à Liège il y a un siècle et spécialisée dans la fabrication d’acide phosphorique. Elle est experte dans le domaine de la transformation des phosphates. En effet, plus de 50% des producteurs mondiaux d’acide phosphorique utilisent les brevets et technologie Prayon. Prayon se compose de 20 compagnies situées dans 10 pays, emploie 1450 personnes pour un C.A. de 450 millions d’Euros. Les capitaux de Prayon se répartissent à parts égales entre l’O.C.P. et la S.R.I.W. (La Société Régionale d’Investissement Wallon). La société dispose de deux sites de production en Belgique (Engis et Puurs) (www.ocpgroup.ma). Prayon maîtrise l’extraction d’uranium à partir des phosphates marocains.
  • EUROPHOS, Europe Phosphate est né en 1992 par la mise en commun des activités phosphatières de Rhône-Poulenc et de Prayon. Europhos exploite une unité en Belgique à Rienne (www.sfc.fr).
  • NORSK-HYDRO, (www.sfc.fr) le premier groupe industriel norvégien, détenu à 51% par l’Etat norvégien, avec un C.A. de 10,3 milliards d’Euros emploie 32 000 personnes, réalise 29% de son C.A. dans les engrais en vendant 16 millions de tonnes d’engrais dans le monde, dont 10,4 millions de tonnes sont produits par le groupe. Cette société a des intérêts dans les phosphates marocains où avec Prayon elle a construit une usine de fabrication de polyphosphates d’ammonium (engrais liquide) (La Vie Economique du 29.9.1999).
  • A.D.P., Adubos De Portugal est leader dans le domaine des engrais au Portugal. Créé en 1997, A.D.P. est le principal actionnaire de Fertima (www.casablanca-bourse.com).
  • C.F.B., (www.budenheim-cfb.com)Chemische Fabrik Budenheim est une société allemande de 650 salariés, qui détient 30% du capital d’Emaphos et possède par ailleurs une filiale mexicaine de production de phosphates. CFB fait partie du groupe OETKER.
  • ELF AQUITAINE, dont le C.A. de 39 milliards d’Euros et qui emploie 90 000 personnes est, à travers sa filiale de Grande Paroisse, le leader français des engrais phosphatés en produisant, en 1996, 187 228 tonnes d’acide phosphorique. « Depuis 1997 la production est effectuée pour le compte d’O.C.P. à partir des phosphates marocains (www.sfc.fr). » L’acide ainsi produit est livré à Elf Atochem qui le transforme en anhydride phosphorique (P2O5) dans son usine d’Epierre en Savoie (www.sfc.fr).
  • RHONE-POULENC, (www.fertilizer.org)au C.A. de 13 milliards d’Euros, compte 75 000 salariés et produit avec Prayon Rupel des phosphates spéciaux sous couvert d’Europhos, société détenue à parts égales par Prayon et Rhône-Poulenc. L’usine belge d’Europhos alimente en acide phosphorique l’unité de production de phosphates alimentaires de Rhône-Poulenc, située aux Roches de Condrieu dans l’Isère (www.sfc.fr). Par ailleurs, Rhône-Poulenc est détenteur de brevets concernant la fabrication d’acide phosphorique utilisés par Maroc Chimie, partie intégrante de Maroc Phosphore depuis 1996 lui même contrôlé par l’O.C.P.
  • BIRLA (www.net-on-line.net/inde) est un vaste conglomérat indien contrôlant plus de 200 sociétés, dont CHAMBAL FERTILIZER Inde, (www.zuari.chambal.com) leader indien dans la production d’engrais.
  • S.I.D.E.M. : La Société internationale de dessalement a réalisé, en 1997, un chiffre d’affaires de 300 millions de francs. Cette société française, spécialisée dans le dessalement de l’eau de mer, a été rachetée le 9.7.1998 par la Générale des Eaux (Vivendi) (www.waternunc.com). Le C.E.A (Le Commissariat à l’Energie Atomique) a participé à des projets internationaux avec la S.I.D.E.M (www.cea-technologies.com)
    Elle a contribué à l’installation d’une usine de dessalement d’eau de mer à El Aiun (www.recjac.co.ma).
  • FMC FORET S.A. filiale espagnole du groupe U .S. FMC Corporation, emploie 1000 salariés, a son siège à Barcelone, produit de l’acide phosphorique et des tripolyphosphates à partir de ses usines de La Zaida (Saragosse) et de Huelva (www.fmcforet.com). Elle a importé 500 000 tonnes de phosphates du Sahara Occidental en 1998/1999 (France Libertés/AFASPA Mission internationale d’enquête au Sahara occidental. Janvier 2003).

SOCIETES NORD AMERICAINES UTILISATRICES
DES PHOSPHATES MAROCAINS.

Les U.S.A. importent du Maroc environ 2 millions de tonnes de phosphates bruts, ce qui représente 7% du minerai de phosphate traité chaque année aux U.S.A. Le Maroc est le seul pays qui exporte du phosphate brut aux U.S.A. (www.usgs.gov)Le minerai marocain est utilisé par les sociétés suivantes :

  • ARCADIAN CORPORATION produit des engrais phosphatés dans ses usines de Geismar (Los Angeles), de Pascagoula (Mississippi) sur la côte du Golfe du Mexique. A Geismar fonctionne une 2e. unité de production conjointement avec Rhône-Poulenc Chemical Corporation. En avril 2003 Arcadian Corporation a été rachetée par P.C.S. (Potasch Corporation of Saskatchewan) (www.potasch.com) P.C.S., avec un C.A. de ventes de 2 milliards de dollars, dont 630 millions de dollars pour les phosphates, possède aux U.S.A. 8 usines de production d’engrais phosphatés qui fournissent 5,5% de l’acide phosphorique mondial ce qui place P.C.S. au 3e. rang mondial. Basé à Saskatoon (Canada) P.C.S. a développé un accord de partenariat avec SINOCHEM (China National Chemicals Imports and Exports Corporation) via PHOSCHEM (Phosphate Chemicals Export Association, Inc) (www.phosplp.com). Sinochem est le plus grand importateur d'engrais en Chine45. P.C.S. a acheté, en 1998, au Maroc, 850 000 tonnes de phosphates provenant du Sahara occidental (France Libertés/AFASPA, opus cité).
  • MISSISSIPPI PHOSPHATES CORPORATION emploie 250 personnes et produit 900 000 tonnes d’engrais phosphatés. C’est une filiale de Mississippi Chemical Corporation (www.misphosphates.com)qui s’affiche comme la 1ere. Compagnie US de fertilisants dans les trois domaines des engrais : les engrais potassiques, les engrais azotés et les engrais phosphatés qui représentent 25% du C.A. des ventes de M.C.C.
    M.C.C. a importé, en 2002, 1,5 millions de tonnes de phosphates bruts provenant exclusivement du Maroc, via l’O.C.P. En 1991, l’O.C.P. et M.C.C. ont signé un contrat qui expire le 30 juin 2016 (www.misschem.com).
  • AGRIFOS produit dans son usine de Pasadena, au Texas, 770 000 tonnes d’acide phosphorique. La société japonaise MITSUI possède 15% du capital d’Agrifos qui va augmenter sa capacité de production à 1,1 million de tonnes d’acide (www.jei.org). AGRIFOS utilise des phosphates marocains et des phosphates américains provenant de ses mines de Floride.

CONCLUSION

En conclusion, lorsque le Maroc commercialise 22 millions de tonnes de phosphates, 10% de ceux-ci ne sont pas marocains mais sahraouis, le Maroc s’étant approprié les mines du Sahara occidental.

En valeur, compte tenu du plus faible coût d’exploitation du minerai sahraoui que de celui du Maroc et de sa concentration en phosphore, les phosphates saharaouis représentent 1,6% du montant total des exportations marocaines.

Enfin, grâce aux richesses phosphatières sahraouies, le Maroc renforce son poids dans l’industrie des engrais face à une concurrence sévère de la part des autres pays producteurs, dans un marché qui stagne depuis quelques années.

Philippe Riché, Paris, mars 2003.

Collectif d'initiatives pour la connaissance du Sahara occidental - mai 2003